Notre prochain congrès aura lieu à Rome du 26 au 28 juin 2018. Nous vous invitons à répondre à cet appel à contributions si vous souhaitez faire partie des intervenants des sessions plénières.


Islam et appartenances

Cher(e)s collègues,

Le Comité Editorial de PLURIEL a le plaisir de vous informer de la tenue de son deuxième congrès. Après Lyon, où nous nous étions rassemblés autour  de « L’islam au pluriel. Pensée, foi et société », le prochain congrès aura lieu à Rome avec pour thème : « Islam et appartenances ».

Offrant le double avantage d’être moins rigide que la catégorie d’identité et plus articulée au phénomène de recompositions propre à la modernité, la notion d’appartenance ouvre sur nombre de nos champs de réflexion, notamment sociologique, politique et théologique. En effet, les transformations contemporaines ne sauraient être appréhendées en faisant l’économie des modes d’articulation, de transition, de rupture et d’antagonismes qui se nouent entre la tradition et la modernité.

Dans cette perspective des rapports unité/diversité, unicité/multiplicité, comment se joue le singulier et le pluriel dans l’appartenance ? Comment appréhender le multiple propre au pluralisme moderne, et la pluralité des appartenances et des opinions au sein de l’islam ? Car à l’encontre des discours totalisants qui posent l’islam comme un référent unique, les traditions d’appartenance à l’islam sont au contraire aussi riches que diversifiées. Autant dire que la pluralité n’est pas l’apanage de la modernité, pour autant qu’elle puisse obéir à d’autres logiques.

De cette problématique, sommairement formulée, trois grands axes se dessinent : citoyenneté, territoire(s), communauté(s).

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I – Appartenance(s) et citoyenneté

Dans la mesure où elle ne se réduit pas à la nationalité, la question met en perspective la citoyenneté comme valeur philosophique et principe politique. Dans quelles conditions, quels contextes, l’appartenance à l’islam est-elle posée comme un référent supérieur, disqualifiant la citoyenneté ? Dans quelle mesure les Printemps arabes ont-ils fait avancer le statut de citoyenneté ? Comment se jouent les processus de conciliation et d’antagonisme, entre d’un côté l’islam comme identité et source de législation, et d’un autre côté les modes de fonctionnement politique, juridique et intellectuel de la citoyenneté ? Dans le contexte européen, que penser des formes d’expression citoyenne qui se revendiquent de l’islam ? Comment les discours qui empruntent au corpus islamique, canonique et/ou théologique, produisent-ils de nouveaux rapports à la citoyenneté, à l’intégration, aux politiques publiques ? En quoi peuvent-ils (ou non) court-circuiter la citoyenneté comme valeur de cohésion et agir contre la pluralité des appartenances à l’islam ? En quoi les langues héritées, en particulier l’arabe, interfèrent-elles avec la langue vernaculaire, avec la citoyenneté et avec les modes d’appartenances à l’islam ?

Pour illustrer cette riche thématique, trois pistes seront privilégiées :

1) Étude comparative entre les États européens

L’espace européen constitue le terrain historique de l’avènement de la citoyenneté en tant que valeur universelle. Les références communes n’empêchent cependant pas les différences, non seulement dans le traitement juridique et politique des religions, notamment de l’islam, mais aussi dans la manière dont les deux termes islam/citoyenneté s’articulent et se vivent.

2) Étude comparative entre les pays méditerranéens du Sud

Sur l’autre rive, l’islam, religion majoritaire, est une source de référence politique et législative plus ou moins importante selon les cas. Que représente alors le statut de citoyen ? Comment la citoyenneté a-t-elle émergé dans les débats publics au cours des dernières années ? Quel statut pour les citoyens non-musulmans ? Peut-on parler de citoyenneté en l’absence d’une égalité des droits ?

3) Étude comparative entre les auteurs et/ou acteurs musulmans

Dans leur positionnement au rapport entre islam et citoyenneté, les producteurs d’un discours public sont très divers. Ils peuvent être idéologues, acteurs et militants confessionnels, chercheurs et universitaires, ou penseurs isolés. Comment distinguer entre les uns et les autres ? De quelle manière agissent-ils sur la scène publique ? Quel est leur impact sur les sphères sociales, intellectuelles et politiques ?

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II – Appartenance(s) et territoire(s)

Dans quelle mesure la notion de territoire constitue-t-elle une composante de l’appartenance ? Etant entendu que celle-ci renvoie aussi bien à l’islam qu’à d’autres références : citoyenne/nationale, régionale, culturelle, idéologique, intellectuelle, etc.

1) Catégories et concepts

Différentes notions qualifiant les appartenances sont employées : communauté(s), société(s), umma, watan, sha’b, etc. Elles puisent aussi bien dans le corpus islamique qu’aux concepts de la science sociale, de l’islamologie, ou au langage commun. Un éclairage sera consacré à ces notions ainsi qu’aux usages qui en sont faits.

2) Dialogue interreligieux et territoire

Objet traditionnel de conflit entre les grandes religions universelles, le territoire peut-être au contraire un lieu de partage et de vivre-ensemble. Comment s’opère, sur le registre territorial, le passage d’un rapport antagonique à l’Autre foi à une reconnaissance de la pluralité religieuse ? Dans une approche comparative, quelle importance la constitution d’un territoire propre occupe-t-elle dans les fondations théologiques et les constructions historiques des religions ?

3) Géopolitique et territoire

Bouleversements climatiques, crises économiques, guerres, mouvements migratoires, exodes ; les conflits au Moyen-Orient ont été particulièrement meurtriers durant ces dernières décennies, poussant à porter un nouveau regard sur les territoires nationaux arabes et européens.

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III – Appartenance(s) et communauté(s)

1) Communauté(s), pluralité, altérité

L’Europe en construction est celle de la rupture avec son passé intra-conflictuel. Mais c’est aussi celle du pluralisme comme fondement juridique et philosophique. Comment, dans des sociétés différenciées, appréhender la notion de communauté comme appartenance ? Diversité d’opinion et clivages politiques font rage dans les débats publics, par-delà des configurations différentes dans chacun des pays.

2) Communauté(s) et fraternité

La notion de fraternité est une catégorie-clé dans les religions, tout particulièrement dans l’islam. Quels en sont les usages anthropologiques, théologiques et idéologiques ? Quel est le statut de l’Autre dans la compréhension de la fraternité comme appartenance à une communauté ? Que dire du débat entre communautariens et libéraux, appliqués aux musulmans en Europe ?

3) Communauté(s) en recomposition

L’emploi de la notion de communauté tend à se diversifier et à se recomposer pour s’appliquer à de nouveaux réseaux, à se reconstruire selon de nouvelles affinités. Références traditionnelles et modes d’adhésion plus ou  moins flexibles caractérisent cet éclatement des affiliations, allant des communautés locales aux communautés universelles, ou passant par les communautés digitales.

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Retour des abstracts : au plus tard le 15 juin 2017, à l’adresse pluriel@univ-catholyon.fr

Nombre de signes : 2000 (espaces compris).

Avec nos plus cordiales salutations,

Le Comité Éditorial de PLURIEL