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Congrès « Islam et fraternité » – Abu Dhabi 2024

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Appel à contributions

Prévu pour se tenir du 2 au 6 février 2024 à Abu Dhabi, en partenariat avec TRENDS Research and Advisory, le 4è congrès international de PLURIEL aura pour thème :

Islam et fraternité : impact et perspectives de la déclaration d’Abou Dhabi sur la coexistence entre chrétiens et musulmans

Les propositions de communication sont acceptées jusqu’au 23 janvier 2023.

Téléchargez l’appel à contribution en français, en anglais, en arabe.

Thème :

Il n’est pas exagéré de dire que le pape François et le grand imam Ahmad Al-Tayyeb ont pris le monde par surprise le 4 février 2019 avec leur déclaration commune. Le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune a été acclamé comme un jalon important du dialogue interreligieux. La déclaration a été signée lors de la toute première visite papale dans la péninsule arabique, berceau de l’islam. Le voyage du pape aux Émirats arabes unis a eu lieu 800 ans après la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kāmil, une rencontre dont la valeur symbolique perdure.

Bien qu’il soit difficile de rendre compte pleinement d’un évènement qui est toujours en cours, le 4ème Congrès international PLURIEL vise à offrir un forum de discussion et d’évaluation de la réception du Document sur la fraternité humaine à l’occasion de son 5ème anniversaire. 

L’appel à contributions est ouvert jusqu’au 23 janvier 2023.
Les propositions de communications peuvent être envoyées en français, anglais, ou arabe à pluriel@univ-catholoyn.fr
Consultez les instructions ci-dessous.
Télécharger l’appel au format PDF : français, anglais, arabe.

Appel à contributions

Il n’est pas exagéré de dire que le pape François et le grand imam Ahmad Al-Tayyeb ont pris le monde par surprise le 4 février 2019 avec leur déclaration commune. Le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune a été acclamé comme un jalon important du dialogue interreligieux. La déclaration a été signée lors de la toute première visite papale dans la péninsule arabique, berceau de l’islam. Le voyage du pape aux Émirats arabes unis a eu lieu 800 ans après la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kāmil, une rencontre dont la valeur symbolique perdure.

Au cours de la rencontre interreligieuse qui a précédé la signature du document, le pape François a déclaré aux leaders religieux présents, avec des mots porteurs d’un fort sentiment d’urgence, qu’« Il n’y a pas d’alternative : ou bien nous construirons ensemble l’avenir, ou bien il n’y aura pas de futur ». À ce carrefour historique, les religions du monde ont été appelées à « contribuer activement à démilitariser le cœur de l’homme » en aidant la famille humaine à mûrir la capacité de réconciliation, à retrouver une vision d’espérance et à promouvoir des itinéraires concrets de paix.

Le Document sur la fraternité humaine met en avant une vision de la fraternité dans la diversité. Les communautés religieuses sont appelées à adopter une culture du dialogue, à collaborer et à favoriser la connaissance réciproque. Chacun est invité à retrouver les valeurs de paix, de justice, de bien, de beauté, de fraternité humaine et de coexistence commune, comme la clé de la survie de l’humanité. Le Document défend de même la
« liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action » de toute personne ; et il appelle à la reconnaissance des droits et libertés de tous, y compris des femmes, à l’éducation, à l’emploi et à la participation politique.

Le 15 août 2019, le Haut-Comité pour la fraternité humaine a été créé pour réaliser les objectifs du Document sur la fraternité humaine. Quatre jours plus tard, la construction d’une Maison de la famille abrahamique sur l’île de Saadiyat à Abou Dhabi a été annoncée comme « une mise en œuvre concrète et une manifestation physique du Document sur la fraternité humaine ». Enfin, le 21 décembre 2020, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 4 février Journée internationale de la fraternité humaine.

Bien qu’il soit difficile de rendre compte pleinement d’un évènement qui est toujours en cours, le 4ème Congrès international PLURIEL vise à offrir un forum de discussion et d’évaluation de la réception du Document sur la fraternité humaine à l’occasion de son 5ème anniversaire. Quel a été jusqu’à présent l’impact de ce Document sur la fraternité humaine sur la coexistence des chrétiens et des musulmans dans le monde ? Par « impact », on entend ici non seulement la résolution complète de situations conflictuelles concrètes impliquant les adeptes de ces deux religions, mais plus fondamentalement la mise en place de processus créatifs et transformateurs qui travaillent consciemment à surmonter les conflits et à générer la fraternité humaine. Comment la déclaration d’Abou Dhabi envisage-t-elle cette fraternité humaine universelle, socialement, politiquement et théologiquement  ? Quels sont les principaux sujets de préoccupation et les transformations nécessaires ? Ces transformations sont-elles réalisables ? Les valeurs partagées qu’elle promeut sont-elles « banales et peu exigeantes, et donc ignorées facilement », comme le soulignait un commentateur immédiatement après la signature de la déclaration ? (Wood 2019)

Comme lors des éditions précédentes (Islam au pluriel, 2016 ; Islam et appartenances, 2018 ; Islam et altérité, 2022), le Congrès rassemblera les perspectives de chercheurs spécialisés dans de multiples disciplines. Il sera organisé selon trois grands axes d’analyse, tout en permettant des recoupements :

Sociojuridique

L’un des éléments du Document sur la fraternité humaine qui a reçu le plus grand accueil est peut-être la mise en avant de la pleine citoyenneté comme la seule voie à suivre dans les sociétés multiculturelles et multireligieuses d’aujourd’hui. Le Document rejette résolument « l’usage discriminatoire du terme minorités », qui porterait avec lui les germes du sentiment d’isolement et d’infériorité, voire préparerait le terrain aux hostilités et à la discorde. Certaines voix s’inquiètent pourtant du fait que les minorités culturelles et religieuses ont besoin d’une reconnaissance et d’une protection juridiques, pour éviter de devenir invisibles sous le manteau d’une égalité théorique des droits et des devoirs et sous le poids écrasant de la majorité (Henrard 2010 ; Malloy-Caruso 2013 ; Caruso-Hofmann 2015).

Le Congrès souhaite ancrer ce débat dans l’examen de cas concrets. Quels sont les exemples actuels de bonnes et de mauvaises pratiques en ce qui concerne le traitement des minorités religieuses ? En se concentrant sur des sujets de préoccupation particuliers, telle la liberté de religion, considérée à juste titre comme un test décisif du respect des droits humains dans une société, on peut concrétiser davantage cette enquête. Certaines sociétés à majorité musulmane semblent limiter la liberté de religion à la liberté de culte au sein des communautés confessionnelles traditionnellement présentes dans ces sociétés, avec de timides avancées pour promouvoir la liberté religieuse du citoyen individuel. Au contraire, dans certaines sociétés occidentales historiquement influencées par le christianisme, c’est la gestion des aspects plus communautaires de la religion islamique et de sa présence dans l’espace public qui semble poser problème. Le Document sur la fraternité humaine a-t-il pu contribuer à faire avancer la réflexion et le changement dans ces domaines et dans d’a utres domaines sociojuridiques ? Plus généralement, à la lumière du Document, comment les musulmans et les chrétiens participent-ils à la construction d’une société commune et à la préservation de leurs identités spécifiques ?

Géopolitique

Le Document sur la fraternité humaine dénonce « une manipulation politique des religions » et rejette fermement « des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion ». Bien que cette affirmation représente une perspective théologique, le Congrès voudrait s’appuyer également sur les contributions de disciplines telles que la science politique, les études sur la paix et les conflits, les droits humains, le droit international, la sécurité et autres sujets, afin de mieux comprendre le rôle de la religion et de l’idéologie dans les conflits actuels.

Existe-t-il des exemples positifs de processus qui cherchent à annuler les effets de l’extrémisme religieux et d’autres formes d’intolérance ? Comment les gouvernements et les organisations internationales peuvent-ils engager les acteurs religieux dans la promotion des objectifs mondiaux communs, tels que le développement durable, les droits humains et la paix ? Le sentiment religieux est-il suffisamment puissant pour atténuer la compétition mondiale pour l’hégémonie politique et économique, et pour le contrôle des ressources naturelles, en y insufflant le sens d’une responsabilité partagée ?

Théologique-dialogique

Le Document sur la fraternité humaine se présente comme une « déclaration commune de bonne et loyale volonté », et non comme un traité de théologie systématique. Son affirmation théologique la plus fondamentale est que la famille humaine a une vocation innée à la fraternité et que cette fraternité ne se construit pas sur une uniformité forcée, mais embrasse la variété et les différences existant entre frères et sœurs. Presque immédiatement après la signature du Document, l’affirmation selon laquelle « le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine » a attiré la critique de certains commentateurs catholiques qui y ont vu un écart par rapport aux enseignements antérieurs du magistère.

Si ces premières critiques ont souvent été formulées par des détracteurs connus du pape actuel, la controverse soulève néanmoins une question théologique essentielle pour les possibilités futures du dialogue entre chrétiens et musulmans : comment les chrétiens et les musulmans peuvent-ils repenser leur théologie des religions et leur compréhension de la mission afin de répondre à l’idéal de fraternité humaine promu par la déclaration d’Abou Dhabi ? Le mot même de « fraternité » a été considéré comme discriminatoire et donc problématique. Outre le fait que ce terme de « fraternité » peut être mal vu par les femmes, certains musulmans et chrétiens hésitent plus fondamentalement à étendre sa connotation religieuse au-delà des frontières de leur propre communauté de foi. Le Document sur la fraternité humaine a-t-il donné lieu à une réflexion théologique créative sur de telles questions et sur d’autres ? Comment le christianisme et l’islam peuvent-ils développer leur potentiel pour faire avancer une notion de fraternité qui englobe toute la famille humaine ?

*****

Akasheh, Khaled, « Présentation du Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune », Annali di Scienze Religiose 13 (2020): 181-193.

Barbato, Mariano, “Postsecular Plurality in the Middle East: Expanding the Postsecular Approach to a Power Politics of Becoming”, Religions 11/4 (2020): 162.

Basanese, Laurent, “Our Concern for the Future: One Year on from the Signing of the Human Fraternity Document”, La Civiltà Cattolica, English Edition, vol. 4, n. 3 (2020): 40-49.

Basanese, Laurent – Sarrió Cucarella, Diego, (eds), Il Documento sulla fratellanza umana: una riflessione interdisciplinare, G&B Press, Rome 2022, forthcoming.

Bocca-Aldaqre, Francesca, “Riferimenti scritturali e teologia islamica nel Documento di Abu Dhabi”, Rivista di Teologia dell’Evangelizzazione, anno XXIV num. 47 (2020): 63-78.

Caruso, Ugo – Hofmann, Rainer (eds), The United Nations Declaration on Minorities. An Academic Account on the Occasion of its 20th Anniversary (1992.2012), Brill Nijhoff, Leiden-Boston 2015.

Catalano, Roberto, “Is Interreligious Dialogue Changing the Church? The Significance of the Document on Human Fraternity”, in Mark D. Chapman – Vladimir Latinovic (eds), Changing the Church. Pathways for Ecumenical and Interreligious Dialogue, Palgrave Macmillan, Cham 2021, 209-215.

Červenková, Denisa – Vizina, Petr, “Faith Embodied in Attitudes: Ethics of Dialogue and Brotherhood of All People in the ‘Document on Human Fraternity for World Peace and Living Together’ in Abu Dhabi and the Encyclical Fratelli Tutti”, Acta Universitatis Carolinae Theologica 11/1 (2021): 61-81.

Faraj, Rita, “The Document on Human Fraternity: Peace between Religions in a Troubled World”, Ökumenisches Forum 40 (2019): 281-295.

Fornet-Ponse, Thomas, “Weltoffene Bürger Für Einen Neuen Humanismus?: Bildung Und Theologie Im Kontext Der Globalisierung”, Zeitschrift für Missionswissenschaft und Religionswissenschaft 105/1-4 (2021): 86-102.

Francesco, Papa, Lettera enciclica Fratelli Tutti sulla fraternità e l’amicizia social (3 ottobre 2020).

Henrard, Kristin (ed.), Double Standards Pertaining to Minority Protection, Nijhoff, Leiden-Boston 2010.

Islamochristiana 45 (2019), “Human Fraternity”. Journal of the Pontifical Institute for Arabic and Islamic Studies, Rome.

Körner, Felix, “Fratellanza umana. Una riflessione sul documento di Abu Dhabi”, La Civiltà Cattolica 4054 (2019): 313-327; “Human Fraternity. A reflection on the Abu Dhabi Document”, La Civiltà Cattolica, English Edition, vol. 3, n. 7, art. 1, July 2019.

Kubacki, Zbigniew Józef, “Religious Pluralism from the Catholic Point of View”, Verbum Vitae 39/2 (2021): 527-542.

Kulska, Joanna, “Pope Francis’ ‘Culture of Encounter’ and ‘Fraternity’: Enhancing the Postsecular Discourse in IR”, Annals of the Ovidius University of Constanța – Political Science Series 105 (2021): 25-47.

Kus, Atilla, “Documento sobre Fraternidade Humana à perspectiva islâmica”, Ciberteologia 60 (2019): 103-118.

Malloy, Tove H. – Caruso, Ugo (eds), Minorities, their Rights, and the Monitoring of the European Framework Convention for the Protection of National Minorities, Nijhoff, Leiden-Boston 2013.

Marafioti, Domenico, “Documento sulla Fratellanza umana: una lettura ragionata”, Rassegna di Teologia 60/2 (2019): 235-268.

Müller, Gerhard Ludwig, “DAS ABU DHABI DOKUMENT: Eine katholische Lesehilfe”, Internationale Katholische Zeitschrift “Communio” 49/3 (2020): 293-311.

Novotný, Vojtěch, “God’s Providence and the Plurality of Religions”, Acta Universitatis Carolinae Theologica 11/1 (2021): 39-59.

Petito, Fabio – Daou, Fadi – Driessen, Michael D. (eds), Human Fraternity & Inclusive Citizenship: Interreligious Engagement in the Mediterranean, Ledizioni LediPublishing, Milan 2021.

Pham, Peter C., “Pope Francis and Interreligious Encounter”, Theological Studies 83/1 (2022): 25-47.

Pisani, Emmanuel, « Le Document sur la fraternité humaine d’Abou Dhabi du 4 février 2019 et la Charte de La Mecque du 29 mai 2019. Entre stratégies concurrentielles et avancées théologiques », Midéo 35 (2020): 325-356.

Rovati, Giancarlo, “Religious Affiliations and Social Coexistence in the Islamic Middle East Countries”, in Laura Zanfrini (ed.), Migrants and Religion: Paths, Issues, and Lenses: A Multidisciplinary and Multi-Sited Study on the Role of Religious Belongings in Migratory and Integration Processes, Brill, Leiden-Boston 2020, 205-230.

Setyawan, Heri, “Redefining the Role of Religion in Contemporary Society: Pope Francis and Sheikh Ahmad Muhammad al-Tayyeb”, JSW (Jurnal Sosiologi Walisongo) 3/2 (2019): 111-124.

Specker, Tobias, “Dialog aus sozialer Verbundenheit: Zum interreligiösen Profil der Enzyklika Fratelli tutti und der Erklärung von Abu Dhabi”, Zeitschrift für Missionswissenschaft und Religionswissenschaft 105/1-4 (2021): 197-204.

Winter, Ofir – Guzansky, Yoel, “Islam in the Service of Peace: Religious Aspects of the Abraham Accord”, INSS Insight 1379 (2020).
Wood, Graeme, “The Vatican and the Gulf Have a Common Enemy. The Meaning of the Pope’s Historic Visit to the United Arab Emirates”, The Atlantic, 6 February 2019.

Younès Michel, “Fratelli tutti, Relecture par le prisme de la théologie des religions“, Theophilyon, XXVII-1 (avril 2022), p. 103-125.

*****

Instructions

Le congrès se tiendra en anglais, arabe et français.

Vos résumés ne doivent pas dépasser 2000 caractères, espaces compris.
Toutes les propositions doivent être envoyées par e-mail à
pluriel@univ-catholyon.fr
avant ou le 23 octobre 2023.

L’acceptation des communications sera notifiée par e-mail en mars 2023 .

Contact:
Lorraine Guitton, assistante de direction : pluriel@univ-catholyon.fr

Les inscriptions ouvriront en 2023.
Pour être informé de l’ouverture de la billetterie, nous vous conseillons de vous abonner à la newsletter bimestrielle de PLURIEL.

Informations à venir.

L’appel à contributions est ouvert jusqu’au 23 janvier 2023.
Les propositions de communications peuvent être envoyées en français, anglais, ou arabe à pluriel@univ-catholoyn.fr
Consultez les instructions ci-dessous.
Télécharger l’appel au format PDF : français, anglais, arabe.

Appel à contributions

Il n’est pas exagéré de dire que le pape François et le grand imam Ahmad Al-Tayyeb ont pris le monde par surprise le 4 février 2019 avec leur déclaration commune. Le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune a été acclamé comme un jalon important du dialogue interreligieux. La déclaration a été signée lors de la toute première visite papale dans la péninsule arabique, berceau de l’islam. Le voyage du pape aux Émirats arabes unis a eu lieu 800 ans après la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kāmil, une rencontre dont la valeur symbolique perdure.

Au cours de la rencontre interreligieuse qui a précédé la signature du document, le pape François a déclaré aux leaders religieux présents, avec des mots porteurs d’un fort sentiment d’urgence, qu’« Il n’y a pas d’alternative : ou bien nous construirons ensemble l’avenir, ou bien il n’y aura pas de futur ». À ce carrefour historique, les religions du monde ont été appelées à « contribuer activement à démilitariser le cœur de l’homme » en aidant la famille humaine à mûrir la capacité de réconciliation, à retrouver une vision d’espérance et à promouvoir des itinéraires concrets de paix.

Le Document sur la fraternité humaine met en avant une vision de la fraternité dans la diversité. Les communautés religieuses sont appelées à adopter une culture du dialogue, à collaborer et à favoriser la connaissance réciproque. Chacun est invité à retrouver les valeurs de paix, de justice, de bien, de beauté, de fraternité humaine et de coexistence commune, comme la clé de la survie de l’humanité. Le Document défend de même la
« liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action » de toute personne ; et il appelle à la reconnaissance des droits et libertés de tous, y compris des femmes, à l’éducation, à l’emploi et à la participation politique.

Le 15 août 2019, le Haut-Comité pour la fraternité humaine a été créé pour réaliser les objectifs du Document sur la fraternité humaine. Quatre jours plus tard, la construction d’une Maison de la famille abrahamique sur l’île de Saadiyat à Abou Dhabi a été annoncée comme « une mise en œuvre concrète et une manifestation physique du Document sur la fraternité humaine ». Enfin, le 21 décembre 2020, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 4 février Journée internationale de la fraternité humaine.

Bien qu’il soit difficile de rendre compte pleinement d’un évènement qui est toujours en cours, le 4ème Congrès international PLURIEL vise à offrir un forum de discussion et d’évaluation de la réception du Document sur la fraternité humaine à l’occasion de son 5ème anniversaire. Quel a été jusqu’à présent l’impact de ce Document sur la fraternité humaine sur la coexistence des chrétiens et des musulmans dans le monde ? Par « impact », on entend ici non seulement la résolution complète de situations conflictuelles concrètes impliquant les adeptes de ces deux religions, mais plus fondamentalement la mise en place de processus créatifs et transformateurs qui travaillent consciemment à surmonter les conflits et à générer la fraternité humaine. Comment la déclaration d’Abou Dhabi envisage-t-elle cette fraternité humaine universelle, socialement, politiquement et théologiquement  ? Quels sont les principaux sujets de préoccupation et les transformations nécessaires ? Ces transformations sont-elles réalisables ? Les valeurs partagées qu’elle promeut sont-elles « banales et peu exigeantes, et donc ignorées facilement », comme le soulignait un commentateur immédiatement après la signature de la déclaration ? (Wood 2019)

Comme lors des éditions précédentes (Islam au pluriel, 2016 ; Islam et appartenances, 2018 ; Islam et altérité, 2022), le Congrès rassemblera les perspectives de chercheurs spécialisés dans de multiples disciplines. Il sera organisé selon trois grands axes d’analyse, tout en permettant des recoupements :

Sociojuridique

L’un des éléments du Document sur la fraternité humaine qui a reçu le plus grand accueil est peut-être la mise en avant de la pleine citoyenneté comme la seule voie à suivre dans les sociétés multiculturelles et multireligieuses d’aujourd’hui. Le Document rejette résolument « l’usage discriminatoire du terme minorités », qui porterait avec lui les germes du sentiment d’isolement et d’infériorité, voire préparerait le terrain aux hostilités et à la discorde. Certaines voix s’inquiètent pourtant du fait que les minorités culturelles et religieuses ont besoin d’une reconnaissance et d’une protection juridiques, pour éviter de devenir invisibles sous le manteau d’une égalité théorique des droits et des devoirs et sous le poids écrasant de la majorité (Henrard 2010 ; Malloy-Caruso 2013 ; Caruso-Hofmann 2015).

Le Congrès souhaite ancrer ce débat dans l’examen de cas concrets. Quels sont les exemples actuels de bonnes et de mauvaises pratiques en ce qui concerne le traitement des minorités religieuses ? En se concentrant sur des sujets de préoccupation particuliers, telle la liberté de religion, considérée à juste titre comme un test décisif du respect des droits humains dans une société, on peut concrétiser davantage cette enquête. Certaines sociétés à majorité musulmane semblent limiter la liberté de religion à la liberté de culte au sein des communautés confessionnelles traditionnellement présentes dans ces sociétés, avec de timides avancées pour promouvoir la liberté religieuse du citoyen individuel. Au contraire, dans certaines sociétés occidentales historiquement influencées par le christianisme, c’est la gestion des aspects plus communautaires de la religion islamique et de sa présence dans l’espace public qui semble poser problème. Le Document sur la fraternité humaine a-t-il pu contribuer à faire avancer la réflexion et le changement dans ces domaines et dans d’a utres domaines sociojuridiques ? Plus généralement, à la lumière du Document, comment les musulmans et les chrétiens participent-ils à la construction d’une société commune et à la préservation de leurs identités spécifiques ?

Géopolitique

Le Document sur la fraternité humaine dénonce « une manipulation politique des religions » et rejette fermement « des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion ». Bien que cette affirmation représente une perspective théologique, le Congrès voudrait s’appuyer également sur les contributions de disciplines telles que la science politique, les études sur la paix et les conflits, les droits humains, le droit international, la sécurité et autres sujets, afin de mieux comprendre le rôle de la religion et de l’idéologie dans les conflits actuels.

Existe-t-il des exemples positifs de processus qui cherchent à annuler les effets de l’extrémisme religieux et d’autres formes d’intolérance ? Comment les gouvernements et les organisations internationales peuvent-ils engager les acteurs religieux dans la promotion des objectifs mondiaux communs, tels que le développement durable, les droits humains et la paix ? Le sentiment religieux est-il suffisamment puissant pour atténuer la compétition mondiale pour l’hégémonie politique et économique, et pour le contrôle des ressources naturelles, en y insufflant le sens d’une responsabilité partagée ?

Théologique-dialogique

Le Document sur la fraternité humaine se présente comme une « déclaration commune de bonne et loyale volonté », et non comme un traité de théologie systématique. Son affirmation théologique la plus fondamentale est que la famille humaine a une vocation innée à la fraternité et que cette fraternité ne se construit pas sur une uniformité forcée, mais embrasse la variété et les différences existant entre frères et sœurs. Presque immédiatement après la signature du Document, l’affirmation selon laquelle « le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine » a attiré la critique de certains commentateurs catholiques qui y ont vu un écart par rapport aux enseignements antérieurs du magistère.

Si ces premières critiques ont souvent été formulées par des détracteurs connus du pape actuel, la controverse soulève néanmoins une question théologique essentielle pour les possibilités futures du dialogue entre chrétiens et musulmans : comment les chrétiens et les musulmans peuvent-ils repenser leur théologie des religions et leur compréhension de la mission afin de répondre à l’idéal de fraternité humaine promu par la déclaration d’Abou Dhabi ? Le mot même de « fraternité » a été considéré comme discriminatoire et donc problématique. Outre le fait que ce terme de « fraternité » peut être mal vu par les femmes, certains musulmans et chrétiens hésitent plus fondamentalement à étendre sa connotation religieuse au-delà des frontières de leur propre communauté de foi. Le Document sur la fraternité humaine a-t-il donné lieu à une réflexion théologique créative sur de telles questions et sur d’autres ? Comment le christianisme et l’islam peuvent-ils développer leur potentiel pour faire avancer une notion de fraternité qui englobe toute la famille humaine ?

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Akasheh, Khaled, « Présentation du Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune », Annali di Scienze Religiose 13 (2020): 181-193.

Barbato, Mariano, “Postsecular Plurality in the Middle East: Expanding the Postsecular Approach to a Power Politics of Becoming”, Religions 11/4 (2020): 162.

Basanese, Laurent, “Our Concern for the Future: One Year on from the Signing of the Human Fraternity Document”, La Civiltà Cattolica, English Edition, vol. 4, n. 3 (2020): 40-49.

Basanese, Laurent – Sarrió Cucarella, Diego, (eds), Il Documento sulla fratellanza umana: una riflessione interdisciplinare, G&B Press, Rome 2022, forthcoming.

Bocca-Aldaqre, Francesca, “Riferimenti scritturali e teologia islamica nel Documento di Abu Dhabi”, Rivista di Teologia dell’Evangelizzazione, anno XXIV num. 47 (2020): 63-78.

Caruso, Ugo – Hofmann, Rainer (eds), The United Nations Declaration on Minorities. An Academic Account on the Occasion of its 20th Anniversary (1992.2012), Brill Nijhoff, Leiden-Boston 2015.

Catalano, Roberto, “Is Interreligious Dialogue Changing the Church? The Significance of the Document on Human Fraternity”, in Mark D. Chapman – Vladimir Latinovic (eds), Changing the Church. Pathways for Ecumenical and Interreligious Dialogue, Palgrave Macmillan, Cham 2021, 209-215.

Červenková, Denisa – Vizina, Petr, “Faith Embodied in Attitudes: Ethics of Dialogue and Brotherhood of All People in the ‘Document on Human Fraternity for World Peace and Living Together’ in Abu Dhabi and the Encyclical Fratelli Tutti”, Acta Universitatis Carolinae Theologica 11/1 (2021): 61-81.

Faraj, Rita, “The Document on Human Fraternity: Peace between Religions in a Troubled World”, Ökumenisches Forum 40 (2019): 281-295.

Fornet-Ponse, Thomas, “Weltoffene Bürger Für Einen Neuen Humanismus?: Bildung Und Theologie Im Kontext Der Globalisierung”, Zeitschrift für Missionswissenschaft und Religionswissenschaft 105/1-4 (2021): 86-102.

Francesco, Papa, Lettera enciclica Fratelli Tutti sulla fraternità e l’amicizia social (3 ottobre 2020).

Henrard, Kristin (ed.), Double Standards Pertaining to Minority Protection, Nijhoff, Leiden-Boston 2010.

Islamochristiana 45 (2019), “Human Fraternity”. Journal of the Pontifical Institute for Arabic and Islamic Studies, Rome.

Körner, Felix, “Fratellanza umana. Una riflessione sul documento di Abu Dhabi”, La Civiltà Cattolica 4054 (2019): 313-327; “Human Fraternity. A reflection on the Abu Dhabi Document”, La Civiltà Cattolica, English Edition, vol. 3, n. 7, art. 1, July 2019.

Kubacki, Zbigniew Józef, “Religious Pluralism from the Catholic Point of View”, Verbum Vitae 39/2 (2021): 527-542.

Kulska, Joanna, “Pope Francis’ ‘Culture of Encounter’ and ‘Fraternity’: Enhancing the Postsecular Discourse in IR”, Annals of the Ovidius University of Constanța – Political Science Series 105 (2021): 25-47.

Kus, Atilla, “Documento sobre Fraternidade Humana à perspectiva islâmica”, Ciberteologia 60 (2019): 103-118.

Malloy, Tove H. – Caruso, Ugo (eds), Minorities, their Rights, and the Monitoring of the European Framework Convention for the Protection of National Minorities, Nijhoff, Leiden-Boston 2013.

Marafioti, Domenico, “Documento sulla Fratellanza umana: una lettura ragionata”, Rassegna di Teologia 60/2 (2019): 235-268.

Müller, Gerhard Ludwig, “DAS ABU DHABI DOKUMENT: Eine katholische Lesehilfe”, Internationale Katholische Zeitschrift “Communio” 49/3 (2020): 293-311.

Novotný, Vojtěch, “God’s Providence and the Plurality of Religions”, Acta Universitatis Carolinae Theologica 11/1 (2021): 39-59.

Petito, Fabio – Daou, Fadi – Driessen, Michael D. (eds), Human Fraternity & Inclusive Citizenship: Interreligious Engagement in the Mediterranean, Ledizioni LediPublishing, Milan 2021.

Pham, Peter C., “Pope Francis and Interreligious Encounter”, Theological Studies 83/1 (2022): 25-47.

Pisani, Emmanuel, « Le Document sur la fraternité humaine d’Abou Dhabi du 4 février 2019 et la Charte de La Mecque du 29 mai 2019. Entre stratégies concurrentielles et avancées théologiques », Midéo 35 (2020): 325-356.

Rovati, Giancarlo, “Religious Affiliations and Social Coexistence in the Islamic Middle East Countries”, in Laura Zanfrini (ed.), Migrants and Religion: Paths, Issues, and Lenses: A Multidisciplinary and Multi-Sited Study on the Role of Religious Belongings in Migratory and Integration Processes, Brill, Leiden-Boston 2020, 205-230.

Setyawan, Heri, “Redefining the Role of Religion in Contemporary Society: Pope Francis and Sheikh Ahmad Muhammad al-Tayyeb”, JSW (Jurnal Sosiologi Walisongo) 3/2 (2019): 111-124.

Specker, Tobias, “Dialog aus sozialer Verbundenheit: Zum interreligiösen Profil der Enzyklika Fratelli tutti und der Erklärung von Abu Dhabi”, Zeitschrift für Missionswissenschaft und Religionswissenschaft 105/1-4 (2021): 197-204.

Winter, Ofir – Guzansky, Yoel, “Islam in the Service of Peace: Religious Aspects of the Abraham Accord”, INSS Insight 1379 (2020).
Wood, Graeme, “The Vatican and the Gulf Have a Common Enemy. The Meaning of the Pope’s Historic Visit to the United Arab Emirates”, The Atlantic, 6 February 2019.

Younès Michel, “Fratelli tutti, Relecture par le prisme de la théologie des religions“, Theophilyon, XXVII-1 (avril 2022), p. 103-125.

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Instructions

Le congrès se tiendra en anglais, arabe et français.

Vos résumés ne doivent pas dépasser 2000 caractères, espaces compris.
Toutes les propositions doivent être envoyées par e-mail à
pluriel@univ-catholyon.fr
avant ou le 23 octobre 2023.

L’acceptation des communications sera notifiée par e-mail en mars 2023 .

Contact:
Lorraine Guitton, assistante de direction : pluriel@univ-catholyon.fr