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2026

De la régulation du son religieux à sa transformation en lumière : débats publics, juridiques et architecturaux sur l’adhān

Communication présentée lors du cinquième congrès international de la Plateforme universitaire de recherche sur l’islam (PLURIEL), tenu à Cordoue du 10 au 14 février 2026 sur le thème « Éthique et esthétique en islam ». Dirk Ansorge (Hochschule Sankt Georgen (Francfort)) est intervenu dans le cadre de l’Axe 2 — Esthétique, éthique et vie quotidienne : interdits, représentations et pratiques.

Résumé de la communication

L’appel public à la prière du muezzin (adhan) est une composante intégrale du patrimoine religieux et culturel des sociétés islamiques. Néanmoins, il est fréquemment soumis à des restrictions légales, même au sein de ces sociétés. Dans les sociétés libérales, l’adhan est souvent perçu comme l’incarnation d’un islamisme missionnaire et rejeté en conséquence. La fonction de l’adhan comme proclamation ouverte de la foi islamique contraste avec les significations multiples attribuées aux cloches d’église, soutiennent les critiques.

Sans aucun doute, l’adhan est une « occupation acoustique de l’espace » qui est perçue très différemment par différents groupes de la société. À la lumière de cela, les instances judiciaires à tous les niveaux – local, national et international – ont abordé l’adhan à plusieurs reprises au cours des dernières décennies. De manière significative, ce n’est souvent pas le contenu mais le volume sonore de l’adhan qui fait l’objet de procédures juridiques. La raison en est la protection du droit humain à la pratique publique de la religion (DUDH, Art. 18 ; CEDH, Art. 9). Cependant, ce droit ne doit pas entrer en conflit avec le droit humain au respect de la vie privée, de la vie familiale et du domicile (CEDH, Art. 8).

Le rejet des appels publics à la prière n’est pas un phénomène nouveau en Europe. Historiquement, il y a eu diverses tentatives dans les régions où chrétiens et musulmans ont coexisté pour imposer des restrictions légales à l’adhan, remontant au Moyen Âge. Plus récemment, des tentatives ont été faites pour neutraliser les conflits existants ou prévisibles soit par des appels à la prière virtuels via la radio ou internet, soit par des concepts architecturaux comme le « minaret de lumière ».

Dans ce contexte, la communication délimitera d’abord les débats contemporains dans les sociétés libérales concernant l’appel public du muezzin (1). Ensuite, les débats historiques sur l’adhan seront rappelés (2). La troisième section abordera l’équilibre délicat entre le contrôle de la pollution sonore et la liberté religieuse à différents niveaux de juridiction (3). Enfin, de nouvelles conceptions de mosquées qui cherchent à transposer l’adhan du domaine acoustique au domaine optique seront présentées (4).

Lire la synthèse du panel rédigée par Piotr Sękowski

Cette synthèse a été rédigée à la suite du congrès par Piotr Sękowski, dans le cadre du programme de bourses étudiantes de PLURIEL. Elle couvre l’ensemble des communications du panel.

L’esthétique comme espace de négociation de la présence publique de l’islam

L’esthétique comme espace de négociation de la présence publique de l’islam

Le panel consacré à l’esthétique, à l’éthique et à la vie quotidienne avait une vocation interdisciplinaire et a fait apparaître un même constat : les formes esthétiques — son, musique, vêtement, rituel, mise en scène de la mémoire — deviennent les vecteurs de contenus éthiques, identitaires et politiques. Les trois communications ont montré que les conflits contemporains relatifs à la religion ne portent souvent pas directement sur la doctrine, mais sur la manière dont elle s’incarne et se manifeste. Le panel a ainsi présenté la religion non seulement comme un système de croyances, mais aussi comme une pratique sensiblement tangible, sociale et politiquement négociée.

Les intervenants étaient Jaime Flaquer, Dirk Ansorge et Rémi Caucanas. Leurs communications, bien qu’abordant des contextes différents, peuvent se lire comme trois variations sur un même thème : l’esthétique comme lieu de négociation de la présence publique de l’islam, à travers l’esthétique de la rébellion dans les musiques contre-culturelles, l’audibilité religieuse à travers l’adhān, et la mémoire performative de la révolte des Malês. Dans chacun de ces cas, la religion est apparue non pas seulement comme un contenu doctrinal mais aussi comme une forme de présence : dans le son, le rythme, le vêtement, la visibilité corporelle, la mémoire collective ou l’occupation de l’espace symbolique.

Le premier volet, présenté en français par Jaime Flaquer, portait sur l’esthétique de la rébellion comme moyen d’affirmation identitaire. Flaquer a analysé les formes musicales contre-culturelles développées par les communautés musulmanes aux États-Unis et en Europe, en particulier le rap, la trap, le punk et le taqwacore. Il a montré que ces genres ne conduisent pas nécessairement à une rupture avec la religion, comme cela a souvent été le cas dans certains pans de la contre-culture occidentale ; au contraire, ils peuvent devenir un outil d’affirmation de l’identité musulmane et d’expression de revendications de dignité, d’égalité et de justice. Particulièrement marquante a été la présentation de l’islam comme ressource symbolique mobilisée dans la critique du capitalisme libéral, de l’hétéropatriarcat et de l’homogénéisation sociale. L’esthétique de la provocation — qui englobe la musique, le corps, le vêtement et le style — a été présentée comme une forme de résistance politique, mais aussi comme un champ de réinterprétation de la normativité islamique elle-même.

Le deuxième angle a porté sur la religion comme phénomène sensoriel et spatial, en particulier dans sa dimension acoustique. Dirk Ansorge, intervenant en anglais, a traité de l’adhān public comme pratique religieuse située au croisement de la liberté de religion, des réglementations juridiques et de la perception sociale de l’islam. Sa caractérisation de l’adhān comme une forme d’« occupation acoustique de l’espace » a particulièrement frappé : la formule saisit la manière dont l’appel à la prière est parfois perçu par certaines parties des sociétés occidentales non musulmanes. La communication a montré que les controverses contemporaines ne portent généralement pas sur le contenu de l’appel lui-même, mais sur son volume, sa portée et son effet sur l’espace public partagé. Le débat se déplace ainsi du registre théologique vers celui de la gestion de l’audibilité de la religion. Autre apport notable : la mise en évidence de la profondeur historique de ces tensions et l’analyse des tentatives de convertir l’adhān d’un phénomène acoustique en un phénomène visuel, à l’image de l’« adhān lumineux », qui soulève la question des rapports entre esthétique, autorité et présence de la religion.

Le troisième volet, présenté en français par Rémi Caucanas, portait sur l’esthétique de la mémoire et de la résistance. Caucanas, en analysant la mémoire de la révolte des Malês au Brésil et ses commémorations contemporaines — notamment dans le cadre du carnaval afro-brésilien —, a présenté l’esthétique comme un outil de mise en récit d’une histoire de violence, d’esclavage et de marginalisation religieuse. Le vêtement blanc des révoltés, les symboles rituels, les amulettes, la langue arabe et les formes contemporaines de commémoration performative ont été interprétés comme des éléments qui constituent à la fois la mémoire historique et les expressions actuelles de l’activisme noir. La communication n’a toutefois pas réduit la révolte des Malês à un modèle simple de djihad ni à une théologie islamique de la libération formulée de manière univoque ; elle a au contraire insisté sur la complexité des rapports entre islam, résistance à l’esclavage, critique de la christianisation forcée et alliances tactiques avec d’autres groupes africains. La mémoire des Malês est ainsi apparue comme un espace dans lequel l’esthétique ne se contente pas de représenter la résistance : elle participe activement à sa réalisation.

La discussion a clairement fait émerger l’enjeu de la présence publique de l’islam, thème commun aux trois communications. Le panel a montré que les controverses qui entourent l’islam dans l’espace public d’aujourd’hui portent souvent sur des formes d’expression jugées trop bruyantes, trop visibles ou trop provocantes — qu’il s’agisse des musiques contre-culturelles, des appels à la prière publics ou des esthétiques de la mémoire qui se rapportent au passé musulman. En arrière-plan se posait la question de savoir si l’on peut parler d’une éthique musulmane spécifique de la résistance, ou s’il faut plutôt parler de configurations locales et historiquement situées dans lesquelles l’islam devient l’un des langages de la dissidence.

L’un des principaux apports scientifiques du panel est de montrer que l’esthétique n’est pas un simple appendice de la religion mais l’une des formes fondamentales de son existence sociale. Les intervenants ont démontré de manière convaincante que c’est précisément dans la sphère esthétique — son, image, rythme, costume, performance — que se révèlent les tensions entre norme et liberté, tradition et transgression, visibilité et exclusion. Malgré la diversité des contextes, le panel s’est avéré cohérent et stimulant intellectuellement, en démontrant que l’esthétique constitue l’un des espaces privilégiés dans lesquels la religion négocie aujourd’hui sa présence, son sens et sa légitimité dans la vie quotidienne. La question finale demeure ouverte : jusqu’à quel point peut-on parler d’une éthique musulmane de la résistance comme catégorie générale, et à partir de quel moment faut-il plutôt parler de configurations locales et historiques de la résistance ?

— Piotr Sękowski

Paper presented at the fifth international congress of the University Platform for Research on Islam (Pluriel), held in Cordoba from 10 to 14 February 2026 on the theme « Ethics and Aesthetics in Islam ». Dirk Ansorge (Sankt Georgen Graduate School of Philosophy and Theology, Frankfurt) spoke as part of Theme 2 — Aesthetics, ethics and everyday life: prohibitions, representations and practices.

Summary of the paper

The muezzin’s public call to prayer (adhān) is an integral part of the religious and cultural heritage of Islamic societies. It is nonetheless frequently subject to legal restrictions, even within those societies. In liberal societies, the adhān is often perceived as the embodiment of a missionary Islamism, and rejected accordingly. The function of the adhān as an open proclamation of the Islamic faith stands in contrast to the multiple meanings attributed to church bells, critics contend.

Without a doubt, the adhān is an « acoustic occupation of space » that is perceived very differently by different groups within society. In this light, judicial bodies at every level — local, national and international — have addressed the adhān on several occasions over the past decades. Significantly, it is often not the content but the acoustic volume of the adhān that becomes the subject of legal proceedings. The reason lies in the protection of the human right to the public practice of religion (UDHR, Art. 18; ECHR, Art. 9). This right, however, must not come into conflict with the human right to the respect of private and family life and of the home (ECHR, Art. 8).

The rejection of public calls to prayer is not a new phenomenon in Europe. Historically, in regions where Christians and Muslims have coexisted, there have been various attempts to impose legal restrictions on the adhān, going back to the Middle Ages. More recently, attempts have been made to defuse existing or foreseeable conflicts either by virtual calls to prayer via radio or online broadcasting, or by their transposition into a visual medium — through the so-called « adhān light » that has appeared on certain mosques. Such solutions raise, in their turn, aesthetic, juridical and theological questions about the very form of the presence of religion in public space.

Read the panel synthesis by Piotr Sękowski

This synthesis was written in the aftermath of the congress by Piotr Sękowski, under the Pluriel student-fellowship programme. It covers all three papers of the panel.

Aesthetics as a forum for negotiating Islam’s public presence

The panel on aesthetics, ethics and everyday life was interdisciplinary in nature and demonstrated scholarly consensus on how aesthetic forms — sound, music, dress, ritual and the performance of memory — become vehicles for ethical, identity-related and political content. The three presentations showed that contemporary conflicts related to religion often do not focus directly on doctrine, but rather on the ways it is embodied and manifested. In this way, the panel presented religion not only as a system of beliefs, but also as a practice that is sensuously tangible, social and politically negotiated.

The panelists were Jaime Flaquer, Dirk Ansorge and Rémi Caucanas. Their presentations, though addressing different contexts, can be read as three variations on the theme of aesthetics as a site for negotiating Islam’s public presence: the aesthetics of rebellion in countercultural music, religious audibility through the adhan, and the performative memory of the Malês rebellion. In each of these cases, religion emerged not only as doctrinal content but also as a form of presence: in sound, rhythm, attire, bodily visibility, collective memory or the occupation of symbolic space.

The first dimension of this question, presented in French by Jaime Flaquer, concerned the aesthetics of rebellion as a means of identity affirmation. Flaquer analysed the countercultural musical forms developed by Muslim communities in the United States and Europe, particularly rap, trap, punk and taqwacore. He demonstrated that these genres do not necessarily lead to a break with religion, as was often the case in certain parts of Western counterculture; on the contrary, they can become a tool for affirming Muslim identity and expressing demands for dignity, equality and justice. Particularly significant was the presentation of Islam as a symbolic resource used in the critique of liberal capitalism, heteropatriarchy and social homogenisation. The aesthetics of provocation — encompassing music, the body, clothing and styling — was presented as a form of political resistance, but also as a field for reinterpreting the very normativity of Islam.

The second aspect concerned religion as a sensory and spatial phenomenon, particularly in its acoustic dimension. Dirk Ansorge, in a presentation delivered in English, discussed the public adhan as a religious practice situated at the intersection of freedom of religion, legal regulations and the social perception of Islam. Particularly significant was his characterisation of the adhan as a form of « acoustic occupation of space » — a term that aptly captures the way in which the call to prayer is sometimes perceived by parts of non-Muslim Western societies. The presentation demonstrated that contemporary disputes typically do not concern the content of the call itself, but rather its volume, range and impact on shared public space. The debate thus shifts from the level of theology to the level of managing the audibility of religion. Another significant contribution of the presentation was demonstrating the historical depth of these tensions and analysing attempts to transform the adhan from an acoustic phenomenon into a visual one — for example, through the « adhan light, » which raises questions about the relationship between aesthetics, authority and the presence of religion.

The third perspective, presented in French by Rémi Caucanas, concerned the aesthetics of memory and resistance. Caucanas, analysing the memory of the Malês rebellion in Brazil and its contemporary commemorations — particularly in the context of the Afro-Brazilian carnival — presented aesthetics as a tool for processing the history of violence, slavery and religious marginalisation. The rebels’ white attire, ritual symbols, amulets, the Arabic language and contemporary forms of performative commemoration were interpreted as elements constituting both historical memory and today’s forms of Black activism. However, the paper did not reduce the Malês rebellion to a simple model of jihad or to an unambiguously formulated Islamic theology of liberation; on the contrary, it emphasised the complexity of the relationships between Islam, resistance to slavery, criticism of forced Christianisation and tactical alliances with other African groups. As a result, the memory of the Malês was presented as a space in which aesthetics not only represents resistance, but actively participates in its realisation.

The discussion clearly brought to light the issue of Islam’s public presence, a theme common to all three presentations. The panel demonstrated that disputes concerning Islam in today’s public sphere often revolve around forms of expression deemed too loud, too visible or too provocative. This applies to countercultural music, public calls to prayer and the aesthetics of memory referencing the Muslim past. One of the panel’s main scholarly achievements is demonstrating that aesthetics is not merely an adjunct to religion, but one of the fundamental forms of its social existence. The speakers convincingly showed that it is precisely in the aesthetic sphere — in sound, image, rhythm, costume and performance — that tensions between norm and freedom, tradition and transgression, visibility and exclusion are revealed. Despite the diversity of contexts, the panel proved coherent and intellectually inspiring, demonstrating that aesthetics constitutes one of the privileged spaces in which religion today negotiates its presence, meaning and legitimacy in everyday life. The final question remains open: to what extent can one speak of a Muslim ethics of resistance as a general category, and at what point should one rather speak of local and historical configurations of resistance?

مداخلةٌ قُدّمت في المؤتمر الدوليّ الخامس للمنصّة الجامعيّة للدراسات حول الإسلام (Pluriel)، المنعقد في قرطبة من 10 إلى 14 فبراير 2026 حول موضوع «الأخلاق والجماليّة في الإسلام». تدخّل ديرك أنزورغه (المعهد العالي للفلسفة واللاهوت في سانكت غيورغن، فرانكفورت) في إطار المحور الثاني — الجماليّة والأخلاق والحياة اليوميّة: المحرّمات والتمثّلات والممارسات.

ملخّص المداخلة

إنّ النداء العلنيّ للمؤذّن إلى الصلاة (الأذان) جزءٌ لا يتجزّأ من التراث الدينيّ والثقافيّ للمجتمعات الإسلاميّة. ومع ذلك، فهو كثيرًا ما يخضع لقيودٍ قانونيّة، حتّى داخل هذه المجتمعات ذاتها. وفي المجتمعات الليبراليّة، كثيرًا ما يُدرَك الأذان بوصفه تجسيدًا لإسلامٍ سياسيّ تبشيريّ، فيُرفض تبعًا لذلك. ويرى المنتقدون أنّ وظيفة الأذان بوصفه إعلانًا مفتوحًا للإيمان الإسلاميّ تتناقض مع المعاني المتعدّدة المسندة إلى أجراس الكنيسة.

لا شكّ أنّ الأذان «احتلالٌ سمعيّ للفضاء» يُدرَك بشكلٍ متباين تباينًا كبيرًا لدى مختلف شرائح المجتمع. وعلى هذا الأساس، تناولت الهيئاتُ القضائيّة على جميع المستويات — المحلّيّة والوطنيّة والدوليّة — الأذانَ مرارًا في العقود الأخيرة. ومن اللافت أنّه ليس مضمون الأذان في أغلب الأحيان، بل حجم صوته، ما يصير موضوعَ إجراءاتٍ قانونيّة. والسبب في ذلك هو حمايةُ الحقّ الإنسانيّ في الممارسة العلنيّة للدين (الإعلان العالميّ لحقوق الإنسان، المادّة 18؛ الاتّفاقيّة الأوروبيّة لحقوق الإنسان، المادّة 9). غير أنّ هذا الحقّ يجب ألاّ يدخل في تعارضٍ مع الحقّ الإنسانيّ في احترام الحياة الخاصّة والعائليّة والمنزل (الاتّفاقيّة الأوروبيّة، المادّة 8).

وليس رفض النداءات العلنيّة إلى الصلاة ظاهرةً جديدة في أوروبا. فتاريخيًّا، وفي المناطق التي تعايش فيها المسيحيّون والمسلمون، جرت محاولاتٌ متعدّدة لفرض قيودٍ قانونيّة على الأذان، تعود إلى القرون الوسطى. وحديثًا، بُذلت محاولاتٌ لنزع فتيل النزاعات القائمة أو المتوقّعة، إمّا بنداءاتٍ افتراضيّة للصلاة عبر الإذاعة أو البثّ الإلكترونيّ، وإمّا بنقلها إلى وسيطٍ بصريّ — عبر ما يُسمّى «الأذان الضوئيّ» الذي ظهر على بعض المساجد. غير أنّ مثل هذه الحلول تطرح بدورها أسئلةً جماليّةً وقانونيّة ولاهوتيّة حول شكل حضور الدين في الفضاء العامّ ذاته.

اقرأ ملخّص لوحة النقاش بقلم بيوتر سكوفسكي

حرّر هذا الملخّص إثر انعقاد المؤتمر بيوتر سكوفسكي، ضمن برنامج المنح الطلاّبيّة للمنصّة الجامعيّة للدراسات حول الإسلام (Pluriel). ويغطّي مجموع مداخلات لوحة النقاش الثلاث.

الجماليّة بوصفها فضاءً للتفاوض حول الحضور العموميّ للإسلام

إنّ اللوحة المخصّصة للجماليّة والأخلاق والحياة اليوميّة قد كانت بين-تخصّصيّةً بطبيعتها، وأبرزت توافقًا علميًّا حول كيفيّة صيرورة الأشكال الجماليّة — من صوتٍ وموسيقى ولباسٍ وطقسٍ ومسرحةٍ للذاكرة — ناقلاتٍ لمضامينَ أخلاقيّةٍ وهُويّاتيّةٍ وسياسيّة. أظهرت المداخلات الثلاث أنّ النزاعات المعاصرة المتعلّقة بالدين لا تنصبّ في الغالب على العقيدة نفسها، بل على طرائق تجسّدها وظهورها. وعلى هذا النحو، قدّمت اللوحةُ الدينَ لا نسقًا من المعتقدات فحسب، بل ممارسةً حسّيّةً ملموسة، اجتماعيّة، وموضعَ تفاوضٍ سياسيّ.

كان المتدخّلون خايمي فلاكيه، وديرك أنزورغه، وريمي كوكاناس. ويمكن قراءة مداخلاتهم، رغم اختلاف السياقات، بوصفها ثلاثةَ تنويعاتٍ على موضوعٍ واحد: الجماليّة بوصفها موقعًا للتفاوض حول الحضور العموميّ للإسلام، عبر جماليّة التمرّد في الموسيقى المضادّة للثقافة السائدة، والمسموعيّة الدينيّة من خلال الأذان، والذاكرة الأدائيّة لثورة الملاي. ففي كلٍّ من هذه الحالات، لم يبرز الدين مضمونًا عقديًّا فحسب، بل شكلاً من أشكال الحضور: في الصوت، والإيقاع، واللباس، والظهور الجسديّ، والذاكرة الجماعيّة، أو في احتلال الفضاء الرمزيّ.

أمّا البُعد الأوّل من هذه المسألة، الذي قدّمه بالفرنسيّة خايمي فلاكيه، فقد تعلّق بجماليّة التمرّد بوصفها وسيلةً لتأكيد الهويّة. حلّل فلاكيه الأشكال الموسيقيّة المضادّة للثقافة السائدة، التي طوّرتها الجماعاتُ المسلمة في الولايات المتّحدة وأوروبا، وبخاصّةٍ الراب، والتراب، والبانك، والتقواكور. وبيّن أنّ هذه الأنواع لا تُفضي بالضرورة إلى قطيعةٍ مع الدين، كما جرى مرارًا في بعض روافد الثقافة المضادّة الغربيّة؛ بل على العكس، يمكن أن تصير أداةً لتأكيد الهُويّة الإسلاميّة وللتعبير عن مطالب الكرامة والمساواة والعدالة. وكان بليغًا بشكلٍ خاصّ عرضُ الإسلام بوصفه موردًا رمزيًّا يُوظَّف في نقد الرأسماليّة الليبراليّة، والبطريركيّة المُعياريّة، والتنميط الاجتماعيّ. وقد قُدّمت جماليّةُ الاستفزاز — الشاملةُ للموسيقى والجسد واللباس والأسلوب — بوصفها شكلاً من أشكال المقاومة السياسيّة، وحقلاً كذلك لإعادة تأويل معياريّة الإسلام ذاتها.

وأمّا الوجه الثاني فقد تعلّق بالدين بوصفه ظاهرةً حسّيّةً وفضائيّة، ولا سيّما في بُعدها السمعيّ. تناول ديرك أنزورغه، في مداخلةٍ ألقاها بالإنجليزيّة، الأذانَ العلنيّ بوصفه ممارسةً دينيّة تقع على مفترق حرّيّة الدين، والتنظيمات القانونيّة، والتصوّر الاجتماعيّ للإسلام. وكان بليغًا بخاصّة توصيفُه للأذان بوصفه ضربًا من «الاحتلال السمعيّ للفضاء» — وهو مصطلحٌ يلتقط جيّدًا الطريقةَ التي يُدرَك بها النداءُ إلى الصلاة أحيانًا لدى بعض شرائح المجتمعات الغربيّة غير المسلمة. أظهرت المداخلةُ أنّ النزاعات المعاصرة لا تتعلّق عادةً بمضمون النداء نفسه، بل بحجم صوته، وبمداه، وبأثره على الفضاء العامّ المشترك. فينتقل النقاش بذلك من مستوى اللاهوت إلى مستوى إدارة مسموعيّة الدين. ومن الإسهامات المهمّة كذلك للمداخلة إبرازُ العمق التاريخيّ لهذه التوتّرات، وتحليلُ محاولات تحويل الأذان من ظاهرةٍ سمعيّة إلى ظاهرةٍ بصريّة، كـ«الأذان الضوئيّ»، الذي يطرح مسألةَ العلاقة بين الجماليّة والسلطة وحضور الدين.

وأمّا المنظور الثالث، الذي قدّمه بالفرنسيّة ريمي كوكاناس، فقد تعلّق بجماليّة الذاكرة والمقاومة. قدّم كوكاناس، محلّلاً ذاكرةَ ثورة الملاي في البرازيل وإحياءاتها المعاصرة — بخاصّةٍ في سياق الكرنفال الأفريقيّ-البرازيليّ — الجماليّةَ بوصفها أداةً لمعالجة تاريخ العنف والاسترقاق والتهميش الدينيّ. جرى تأويلُ اللباس الأبيض للثائرين، والرموز الطقسيّة، والتمائم، واللغة العربيّة، وأشكال الإحياء الأدائيّ المعاصرة، بوصفها عناصرَ تُشكّل في آنٍ معًا الذاكرةَ التاريخيّةَ والأشكالَ الراهنة للنشاط الأسود. بيدَ أنّ المداخلة لم تختزل ثورة الملاي في نموذجٍ جهاديّ بسيط ولا في لاهوت تحريرٍ إسلاميّ صيغَ بشكلٍ أُحاديّ؛ بل على العكس، شدّدت على تعقيد العلاقات بين الإسلام، ومقاومة الاسترقاق، ونقد التنصير القسريّ، والتحالفات التكتيكيّة مع الجماعات الإفريقيّة الأخرى. فبدت ذاكرةُ الملاي فضاءً لا تُمثّل فيه الجماليّةُ المقاومةَ فحسب، بل تُسهم فعليًّا في تحقّقها.

أبرز النقاشُ بوضوح مسألةَ الحضور العموميّ للإسلام، وهي موضوعٌ مشترك بين المداخلات الثلاث. أظهرت اللوحةُ أنّ النزاعات حول الإسلام في الفضاء العامّ اليوم تدور غالبًا حول أشكال تعبيرٍ تُعتبر مفرطةَ الجهر، أو مفرطةَ الظهور، أو مفرطةَ الاستفزاز. ينطبق ذلك على الموسيقى المضادّة للثقافة السائدة، والنداءات العموميّة للصلاة، وجماليّة الذاكرة المُحيلة إلى الماضي المسلم. ومن أبرز الإنجازات العلميّة لهذه اللوحة إظهارُ أنّ الجماليّة ليست مجرّد ملحقٍ للدين، بل شكلٌ من الأشكال الأساسيّة لوجوده الاجتماعيّ. لقد أظهر المتدخّلون بشكلٍ مقنع أنّه في الحقل الجماليّ تحديدًا — في الصوت والصورة والإيقاع واللباس والأداء — تنكشف التوتّراتُ بين المعيار والحرّيّة، والتقليد والتجاوز، والظهور والإقصاء. ورغم تنوّع السياقات، أثبتت اللوحة تماسكَها وثراءَها الفكريّ، مُبيّنةً أنّ الجماليّة تشكّل أحدَ الفضاءات المميّزة التي يتفاوض فيها الدينُ اليوم على حضوره ومعناه ومشروعيّته في الحياة اليوميّة. ويبقى السؤالُ الختاميّ مفتوحًا: إلى أيّ حدٍّ يمكن الحديث عن أخلاقيّاتٍ مسلمة للمقاومة بوصفها مقولةً عامّة، ومتى ينبغي بالأحرى الحديث عن أشكالٍ محلّيّةٍ وتاريخيّة للمقاومة؟

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