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Communication présentée lors du 5e congrès international de la Plateforme universitaire de recherche sur l’islam (PLURIEL), tenu à Cordoue du 10 au 14 février 2026 sur le thème « Éthique et esthétique en islam ». Nada Amin (Université Lumière Lyon 2) est intervenue dans le cadre de l’Axe 2 — Esthétique, éthique et vie quotidienne : interdits, représentations et pratiques.
Cette communication propose une réflexion sur les liens entre esthétique et éthique dans les pratiques quotidiennes, à travers l’analyse des choix vestimentaires féminins dans l’Égypte postérieure à la révolution de janvier 2011. En prenant pour point de départ le développement de la Modest Fashion, le mode vestimentaire conciliant respect des prescriptions religieuses et inscription dans une modernité globalisée, ainsi que le phénomène de dévoilement croissant observé au lendemain de la révolution, il s’agira d’interroger les rapports entre normes esthétiques portées par les femmes égyptiennes, les valeurs morales, revendications identitaires et aspirations féministes ayant émergé dans ce contexte de transformation.
Le contexte égyptien, marqué depuis 2011 par une recomposition complexe des rapports entre pouvoir politique, autorité religieuse et société civile, place les apparences féminines dans l’espace public au cœur d’enjeux politiques, sociaux et symboliques majeurs. Loin de constituer une simple expression individuelle du goût, le vêtement féminin devient un vecteur d’affirmation de soi, de liberté, de contestation – ou, à l’inverse, un instrument de contrôle – d’identités multiples, prises entre tradition et modernité, religiosité et émancipation, conformité sociale et agentivité individuelle. La Modest Fashion comme le dévoilement, à travers leurs formes locales et leurs circulations transnationales, cristallisent ces tensions. Ils peuvent être envisagés tant comme des stratégies de réappropriation du corps et de l’image de soi par les femmes, que comme des outils de normalisation mobilisés par divers acteurs (États, institutions religieux, classes sociales, médias) au nom d’une certaine conception de la morale publique.
Cette intervention s’inscrit dans le prolongement de notre recherche doctorale intitulée « Genre et transitions politiques : la politisation du genre en Égypte post-révolutionnaire ». En articulant les dimensions esthétique, éthique et politique des pratiques vestimentaires, cette communication met en lumière la complexité des régimes de visibilité féminine dans un contexte de transition et de recomposition identitaire, où le corps des femmes notamment depuis l’émergence de la quatrième vague du féminisme, devient un vecteur central des luttes pour le pouvoir symbolique et politique.
Cette synthèse a été rédigée à la suite du congrès par Xuyen Parsy, dans le cadre du programme de bourses étudiantes de PLURIEL. Elle couvre l’ensemble des communications du panel.
Concevoir le corps, la transgression et l’imagination dans l’éthique et l’esthétique musulmanes Jeudi 12 février 2026, Salle 1 (Amphithéâtre), sous la présidence de Mohamed-Ali Mostfa, délégué scientifique de Pluriel. Laure Zeghad est doctorante en littérature comparée à l’Université de Rouen (France). Sa communication « Poétique et esthétique de la transgression dans Soufi, mon Amour : le corps, la musique et la figure du poète soufi » était en français. Nada Amin est docteure en linguistique et civilisations arabes à Université Lumière Lyon 2 (France). Sa communication « Esthétiques, éthique et identité : le corps des femmes comme objet de débat dans l’Égypte contemporaine » était en français. Ahmed Kaza est docteur en philosophie à l’Université Chouaib Doukkali (Maroc). Sa communication « La constitution gnostique des valeurs esthétiques – Ibn Arabî » était en arabe.
Cette deuxième journée de colloque était consacrée à la thématique de l’« Esthétique, éthique et vie quotidienne : interdits, représentations et pratiques ». Les trois communications de ce panel ont permis de croiser les regards, les temporalités et les aires culturelles, pour se questionner sur le quotidien et sur les enjeux de pouvoir liés au corps, à la transgression et à l’imagination dans le patrimoine islamique.
Le premier axe de réflexion se concentre sur la question du corps comme lieu de spiritualité et de normes sociales. Le corps, que ce soit celui des hommes ou celui des femmes, est presque omniprésent. Laure Zeghad explique qu’avec la danse du Sema dans le roman Soufi, mon Amour, le corps devient le médium de la spiritualité intérieure. Les mouvements circulaires sont un miroir de l’ordre du cosmos, selon la théorie du microcosme et du macrocosme. La deuxième communication déplace le curseur sur la question du voile et du dévoilement, du corps des femmes dans une zone géographique différente, l’Égypte. Le corps féminin n’est plus simplement un espace domestique, mais devient une revendication collective visible dans l’espace public : il est le terrain de négociations entre norme sociale et autonomie des femmes. Cette régulation du corps féminin n’a pas besoin de faire appel à la contrainte légale, mais s’exerce par une pression symbolique et sociale. Et enfin, la troisième communication analyse les valeurs esthétiques de la pensée du philosophe Ibn Arabî, dans laquelle on retrouve un appel à la « transformation morale ». Le but est de réussir à s’assimiler à l’essence divine, à travers les noms divins, et de rejoindre le beau et le sublime, auxquels seul Dieu a accès.
Notre deuxième axe de réflexion propose de traiter de la transgression, point de convergence entre l’expérience soufie, le dévoilement et la contestation de l’ordre social. Le personnage de Shams de Tabriz, dans le roman Soufi, mon Amour, est perçu comme un hérétique dans un contexte de cour du roi au Moyen Âge. Il refuse la conformité sociale pour défendre une expérience personnelle et intérieure. En opposition à la transgression, la question du port du voile et de l’apparence vestimentaire des Égyptiennes devient une sorte d’indicateur moral des femmes qui trahit donc une volonté de normer la société. Pourtant, il n’existe pas de texte juridique qui oblige les Égyptiennes à porter le voile, contrairement à d’autres pays comme l’Iran par exemple, ce qui a été souligné lors des questions avec la salle. Le dévoilement peut alors être compris comme une perturbation du dispositif de normalisation. La révolution de janvier 2011 montre un tournant dans l’hégémonie du régime politique égyptien : la contestation et la révolte ont désarticulé l’espace public et l’autorité. Le port et le non-port du voile par les Égyptiennes traduit de profondes transformations sociales, par exemple dès la Nahda, le dévoilement du visage est perçu comme un moyen pour les femmes de participer à la vie publique et donc au développement du pays.
Le dernier axe questionne la fonction de l’image, de la musique et de l’imagination dans l’accès au bureau et au divin. Dans Soufi, mon Amour, en plus de la danse, la musique du ney joue un rôle essentiel. Elle devient un espace de médiation de l’indicible et elle se substitue au discours rationnel et verbal. Ahmed Kaza pose la question de la place du beau et de la vérité dans la peinture et donc de la relation entre l’art et la religion. La peinture, en tant qu’art pictural, est une forme d’imitation de la Création, elle ne peut donc pas être divine, ce qui conduit à un certain iconoclasme. Pourtant dans les textes d’Ibn Arabî, nous pouvons retrouver une forme de manifestation divine dans la création artistique, car l’humain a été créé à l’image de Dieu. Il porte donc en lui des significations divines, dont la faculté d’imagination. Selon le penseur, c’est en rejoignant le beau que nous pouvons nouer des liens de fraternité entre les communautés, les peuples et a fortiori entre les religions, afin d’aboutir à une forme de coexistence et de coopération.
Ces trois axes de recherche se croisent plusieurs fois dans un enchevêtrement d’une grande richesse. La question du voilement et du dévoilement a suscité de nombreux échanges à la fin du panel. Le sujet étant à la fois éminemment politique, social et même économique avec la modest fashion, ce qui a fait l’objet d’une autre communication lors du Congrès. L’altérité et la pluralité religieuse ont également traversé ce panel, que ce soit avec la conversion à l’islam dans Soufi, mon Amour, ou avec le dialogue interreligieux qui serait facilité par la voie spirituelle, contrairement à la voie doctrinale dogmatique. Cette réflexion, partagée par de nombreux penseurs du monde arabo-musulman, est un excellent moyen de conclure cette synthèse.
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