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2026

« Bienvenue en enfer » : l’eschatologie dans l’œuvre littéraire de Dževad Karahasan

Communication présentée lors du cinquième congrès international de la Plateforme universitaire de recherche sur l’islam (PLURIEL), tenu à Cordoue du 10 au 14 février 2026 sur le thème « Éthique et esthétique en islam ». Beate Bengard (Université de Genève) est intervenue dans le cadre de l’Axe 3 — Héritages esthétiques et éthiques : tensions, dialogues et hospitalité.

Résumé de la communication

L’eschatologie est un terrain difficile dans le dialogue interreligieux entre chrétiens et musulmans. La vision traditionnelle du Jugement et de ses signes précurseurs en Islam reste difficilement compréhensible pour la théologie chrétienne contemporaine qui a soumis son propre inventaire eschatologique à une révision démythologisante au cours du XXe siècle. Le soupçon qu’en prônant une éthique rétributive au niveau doctrinal, l’islam s’approcherait d’une pédagogie « noire » et par conséquent irréconciliable avec l’idée chrétienne de la grâce amène à traiter l’eschatologie avec beaucoup de précaution dans le dialogue, voire même ne pas la considérer comme un champ prometteur du tout. Par quels discours au sein de l’islam contemporain, les partenaires chrétiens pourraient-ils redécouvrir l’actualité des discours musulmans sur l’eschatologie sans tomber dans des stéréotypes qui les associent exclusivement avec des courants apocalyptiques et fondamentalistes ? Dans la perspective d’une théologie chrétienne du dialogue, la présente communication propose une double approche qui associe théologie comparée et herméneutique littéraire. À travers trois textes du romancier bosniaque Dzevad Karahasan (1953-2023), la pertinence de l’eschatologique musulmane pour l’interprétation de l’histoire contemporaine sera démontrée. Karahasan, homme de lettres musulman originaire de Sarajevo, fait usage dans ses textes de motifs eschatologiques pour décrire les effets néfastes des Guerres de Yougoslavie (1991-2001). Son œuvre se prête particulièrement bien à une étude interreligieuse qui relie des dimensions esthétiques et éthiques dans une réflexion sur l’eschatologie. Il thématise la coexistence interreligieuse dans la région du Balkan et décrit à quel point elle est menacée par les conflits ethniques. En abordant très explicitement les motifs du paradis, de l’enfer, du barzakh ou du jugement, Karahasan ne fournit pas seulement la preuve de la vivacité de la pensée eschatologique chez les intellectuels de sa génération, mais il en montre aussi le potentiel pour le dialogue interreligieux. Au cours de notre communication, nous allons d’abord présenter l’usage de motifs eschatologiques chez Karahasan. Ensuite, nous allons montrer le potentiel d’une théologie comparée qui ne se penche pas sur des textes doctrinaux mais sur la production esthétique et littéraire contemporaine.

Lire la synthèse du panel rédigée par Fr. Mina-Athanase Abdelmeseh Said O.P.

Cette synthèse a été rédigée à la suite du congrès par Fr. Mina-Athanase Abdelmeseh Said O.P., dans le cadre du programme de bourses étudiantes de PLURIEL. Elle couvre l’ensemble des communications du panel.

Littérature, voyage soufi et dialogue interreligieux : le barzakh comme espace tiers

Littérature, voyage soufi et dialogue interreligieux : le barzakh comme espace tiers

Intervenants du panel : Beate Bengard, Gabriel Khairallah et Maria Gracia López Anguita.

Problématique commune des trois communications

Le panel a interrogé la manière dont l’éthique et l’esthétique s’entrelacent dans le patrimoine à travers l’étude du roman contemporain et du récit de voyage soufi, en soulignant la capacité de ces productions littéraires à favoriser le dialogue interreligieux et la compréhension des valeurs partagées. La littérature y est apparue comme un moyen d’expression pour comprendre l’être humain, sa relation au monde dans lequel il vit, sa position par rapport au divin et à l’universel, ainsi que pour explorer les questions de justice sociale, de mémoire historique collective et de contemplation spirituelle. Ces œuvres ouvrent à une relecture de l’histoire, à une réflexion sur la violence et l’hospitalité, et permettent ainsi une lecture intégrée des dimensions éthiques et esthétiques qui tissent la relation entre Dieu, l’être humain et le monde.

Cohérence scientifique du panel

La cohérence scientifique du panel repose sur une approche commune qui refuse de réduire les traditions religieuses à une lecture strictement doctrinale et qui valorise au contraire l’analyse des formes littéraires comme porteuses de sens théologique et éthique. Malgré la diversité des corpus étudiés, du roman contemporain à la littérature moderne et jusqu’au récit de voyage soufi de la période pré-moderne, les trois communications convergent vers une même question : celle des potentialités critiques, dialogales et herméneutiques des esthétiques dans des sociétés marquées par la pluralité religieuse et communautaire et par les conflits historiques.

Axe 1. Les esthétiques comme médiation éthique et théologique

Les trois communications ont mis en évidence le rôle décisif des esthétiques comme espace intermédiaire reliant la réflexion éthique et le questionnement théologique. Chez Dževad Karahasan, la symbolique eschatologique sert à comprendre les catastrophes historiques telles que le siège de Sarajevo : les lieux y deviennent des « réservoirs d’âmes » qui rassemblent les morts dans une scène reflétant le devoir de mémoire éthique et spirituelle, et révèlent le barzakh comme espace de communication entre les vivants et les morts, comme lieu tiers de la connaissance spirituelle. De même, dans Awlād Ḥāratinā (Les Fils de la Médina) de Naguib Mahfouz, le récit allégorique devient un outil philosophique et littéraire pour penser le pouvoir, la justice et l’agression : Gabalawi y représente l’autorité supérieure dans le monde, la violence et l’injustice y demeurent objets de méditation morale, tandis que la symbolique permet d’explorer indirectement la relation entre l’humain et le monde divin. Quant aux voyages d’ʿAbd al-Ghanī al-Nābulusī, ils font apparaître la nature et l’architecture religieuse dans leur diversité confessionnelle comme des textes ouverts à la contemplation soufie, qui relient le sensible et le métaphysique et ouvrent l’horizon d’une expérience spirituelle reflétant l’unité de l’être (waḥdat al-wujūd) et la possibilité de saisir la vérité divine à travers les esthétiques.

Axe 2. Relire l’histoire et la violence à travers les formes symboliques

La relecture de l’histoire et de la violence constitue l’un des axes transversaux du panel. Les communications ont mobilisé les formes symboliques pour analyser les crises historiques. Dans la philosophie de Karahasan, les catastrophes sont comprises comme des moments de suspension du temps pour les morts, et la mémoire devient le seul moyen d’empêcher la décomposition spirituelle et sociale de la cité, reliant l’histoire personnelle et collective au monde spirituel. Chez Mahfouz, les métaphores narratives se font critique des dominations politiques et religieuses : elles montrent comment chaque génération reproduit les mêmes conflits, en insistant sur les défis éthiques de la pratique de la justice. À travers les voyages de Nābulusī, les paysages et les édifices sont réinterprétés comme des stations d’enseignement et de spiritualité, et l’histoire collective est revisitée selon une perspective symbolique qui mêle l’expérience soufie et l’expérience éthique.

Axe 3. Esthétiques et dialogue interreligieux

Les communications s’accordent à reconnaître que les esthétiques ouvrent un espace de dialogue entre les religions, non pas au niveau de la comparaison doctrinale, mais par l’expérience herméneutique partagée. Les figures bibliques et chrétiennes et les sacrés communs apparaissent, dans les œuvres littéraires, comme des moyens de dépasser le confessionnalisme tout en préservant la différence, ce qui ouvre la possibilité d’un dialogue spirituel qui transcende l’opposition théologique explicite. Les communications ont montré la difficulté du dialogue autour des « fins dernières » en raison des écarts entre les conceptions islamique et chrétienne de l’au-delà : par exemple la compréhension du jugement dernier ou de l’âme, où la position du christianisme protestant diffère de la conception islamique de la réalité dernière. Les trois œuvres affirment cependant la possibilité d’aboutir à un respect et à une reconnaissance mutuels entre ces deux visions, et présentent une vision de l’autre comme partie intégrante d’une compréhension éthique et esthétique du monde et de l’au-delà.

Points de discussion

Les échanges ont mis en lumière le fait que l’efficacité dialogale de ces productions littéraires n’est pas seulement une fonction cognitive ou pédagogique : c’est une expérience herméneutique continue qui place le lecteur ou le destinataire devant des questionnements éthiques et spirituels portant sur la justice, la mémoire et la relation à l’autre, tout en renforçant le respect mutuel entre les visions chrétienne et islamique de l’au-delà, sans chercher à réduire ou à effacer les différences théologiques. À la lumière des œuvres de Karahasan, Mahfouz et Nābulusī, il est apparu clairement que la littérature et le récit de voyage soufi peuvent fonder un espace intermédiaire :

Karahasan crée un barzakh vivant où les événements historiques croisent l’expérience spirituelle, en insistant sur le devoir de mémoire éthique et sur la reconnaissance de l’autre au sein du tissu de la ville et de l’événement historique. – Mahfouz reconstruit l’histoire humaine par la symbolique de la ruelle (ḥāra), explicitant les défis éthiques du pouvoir et de la justice, et maintenant le lecteur dans un état de méditation permanente sur la relation entre l’humain, le divin et le cosmos. – Nābulusī présente la nature et l’architecture comme des instruments contemplatifs reliant le sensible au métaphysique, ouvrant un espace de rencontre spirituelle entre les fidèles des différentes religions, tout en préservant l’expérience individuelle de la sainteté et de la beauté.

Apports et limites du panel

Le panel a dépassé l’exposition descriptive des textes pour produire d’importantes conclusions théoriques, parmi lesquelles :

Anthropologie du lieu : la ville, dans l’œuvre de Karahasan, est redéfinie comme entité spirituelle, « réservoir d’âmes » qui dépasse la simple existence matérielle. – Philosophie du récit : la symbolique de Mahfouz transforme la ruelle d’un simple espace géographique en laboratoire axiologique pour examiner la dialectique justice / pouvoir. – Dialogue esthétique comme alternative doctrinale : l’expérience soufie chez Nābulusī est présentée comme voie de communication civilisationnelle avec l’autre, par le commun esthétique et spirituel, plutôt que par l’affrontement doctrinal direct.

Limites du panel

Thématiques : les contributions se sont concentrées sur les dimensions herméneutiques et philosophiques des textes, sans aborder l’articulation de ces textes avec les aspects quotidiens contemporains du lecteur d’aujourd’hui. – Corpus : l’analyse s’est restreinte à des exemples choisis (littérature bosniaque avec Karahasan, littérature arabe moderne avec Mahfouz, littérature de voyage classique avec Nābulusī), ce qui rapporte les résultats à ces contextes spécifiques.

— Fr. Mina-Athanase Abdelmeseh Said, O.P.

Paper presented at the fifth international congress of the University Platform for Research on Islam (Pluriel), held in Cordoba from 10 to 14 February 2026 on the theme « Ethics and Aesthetics in Islam ». Beate Bengard (University of Geneva) spoke as part of Theme 3 — Aesthetic and ethical heritages: tensions, dialogues and hospitality.

Summary of the paper

Eschatology is a difficult terrain in the interreligious dialogue between Christians and Muslims. The traditional vision of the Judgement and of its precursor signs in Islam remains hardly intelligible for contemporary Christian theology, which has submitted its own eschatological inventory to a demythologising revision over the course of the twentieth century. The suspicion that, by advocating a retributive ethics at the doctrinal level, Islam would come close to a « black » pedagogy — and consequently irreconcilable with the Christian idea of grace — leads eschatology to be treated with much precaution in dialogue, or even not to be considered as a promising field at all. Through what discourses within contemporary Islam might Christian partners rediscover the actuality of Muslim discourses on eschatology without falling into stereotypes that associate them exclusively with apocalyptic and fundamentalist currents?

From the perspective of a Christian theology of dialogue, this paper proposes a double approach that combines comparative theology and literary hermeneutics. Through three texts by the Bosnian novelist Dževad Karahasan (1953–2023), the relevance of Muslim eschatology to the interpretation of contemporary history will be demonstrated. Karahasan, a Muslim man of letters from Sarajevo, makes use in his texts of eschatological motifs to describe the harmful effects of the Yugoslav Wars (1991–2001). His work lends itself particularly well to an interreligious study that connects aesthetic and ethical dimensions in a reflection on eschatology. He thematises interreligious coexistence in the Balkan region and describes how it is threatened by ethnic conflicts. By addressing very explicitly the motifs of paradise, hell, barzakh or judgement, Karahasan not only provides evidence of the vitality of eschatological thought among Muslim intellectuals, but also opens a space for renewed Christian reflection on the ends of history.

Read the panel synthesis by Fr. Mina-Athanase Abdelmeseh Said O.P.

This synthesis was written in the aftermath of the congress by Fr. Mina-Athanase Abdelmeseh Said, O.P., under the Pluriel student-fellowship programme. Originally written in Arabic, it covers all three papers of the panel.

Literature, Sufi journey and interreligious dialogue: the barzakh as a third space

The panel, gathering the papers of Beate Bengard, Gabriel Khairallah and Maria Gracia López Anguita, examined the way in which ethics and aesthetics are interwoven within Islamic heritage through the study of the contemporary novel and of the Sufi travel narrative, underlining the capacity of these literary productions to foster interreligious dialogue and the understanding of shared values. Literature emerged there as a means of expression for grasping the human being, his relation to the world in which he lives, his position in relation to the divine and the universal, as well as for exploring questions of social justice, of collective historical memory and of spiritual contemplation. These works open onto a rereading of history, onto a reflection on violence and hospitality, and thus permit an integrated reading of the ethical and aesthetic dimensions that weave the relation between God, the human being and the world.

The scientific coherence of the panel rests on a common approach that refuses to reduce religious traditions to a strictly doctrinal reading and that on the contrary values the analysis of literary forms as bearers of theological and ethical meaning. Despite the diversity of the corpora studied — from the contemporary novel through modern literature and on to the pre-modern Sufi travel narrative — the three papers converge on a single question: that of the critical, dialogical and hermeneutic potentialities of aesthetics in societies marked by religious and communal plurality and by historical conflicts. All three brought to light the decisive role of aesthetics as an intermediate space linking ethical reflection and theological questioning. In Dževad Karahasan, eschatological symbolism serves to grasp historical catastrophes such as the siege of Sarajevo: places become « reservoirs of souls » gathering the dead in a scene reflecting the duty of ethical and spiritual memory, and reveal the barzakh as a space of communication between the living and the dead, as a third place of spiritual knowledge. Likewise, in Awlād Ḥāratinā (Children of the Alley) by Naguib Mahfouz, allegorical narrative becomes a philosophical and literary tool for thinking power, justice and aggression: Gabalawi represents the higher authority in the world, violence and injustice remain objects of moral meditation, while symbolism allows one to explore indirectly the relation between the human and the divine world. As for the travels of ʿAbd al-Ghanī al-Nābulusī, they bring nature and religious architecture — in their confessional diversity — to appear as texts open to Sufi contemplation, linking the sensible and the metaphysical and opening the horizon of a spiritual experience reflecting the unity of being (waḥdat al-wujūd) and the possibility of grasping the divine truth through aesthetics.

The rereading of history and of violence forms one of the panel’s transversal axes. The papers mobilised symbolic forms to analyse historical crises. In Karahasan’s philosophy, catastrophes are understood as moments of suspension of time for the dead, and memory becomes the only means of preventing the spiritual and social decomposition of the city, connecting personal and collective history to the spiritual world. In Mahfouz, narrative metaphors become a critique of political and religious dominations: they show how each generation reproduces the same conflicts, insisting on the ethical challenges of the practice of justice. Through Nābulusī’s travels, landscapes and edifices are reinterpreted as stations of teaching and spirituality, and collective history is revisited according to a symbolic perspective that mingles Sufi experience and ethical experience.

The papers converge in recognising that aesthetics open a space of dialogue between religions, not at the level of doctrinal comparison but through shared hermeneutic experience. Biblical and Christian figures and the common sacred appear, in the literary works, as means of transcending confessionalism while preserving difference — which opens the possibility of a spiritual dialogue that transcends explicit theological opposition. The papers showed the difficulty of dialogue on the « last things » because of the gap between Islamic and Christian conceptions of the hereafter: for example, the understanding of the Last Judgement or of the soul, in which the position of Protestant Christianity differs from the Islamic conception of the last reality. Yet the three works affirm the possibility of reaching a mutual respect and recognition between these two visions, and present a vision of the other as an integral part of an ethical and aesthetic understanding of the world and of the hereafter.

The exchanges brought to light the fact that the dialogical efficacy of these literary productions is not only a cognitive or pedagogical function: it is a continuous hermeneutic experience that places the reader before ethical and spiritual questionings bearing on justice, memory and the relation to the other — while reinforcing mutual respect between the Christian and Islamic visions of the hereafter, without seeking to reduce or to efface the theological differences. Beyond a descriptive presentation, the panel produced important theoretical conclusions: an anthropology of place (the city, in Karahasan, redefined as a spiritual entity, a « reservoir of souls » that exceeds mere material existence); a philosophy of narrative (the symbolism of Mahfouz transforms the alley from a mere geographical space into an axiological laboratory for examining the dialectic of justice and power); and an aesthetic dialogue as an alternative to doctrine (the Sufi experience in Nābulusī as a path of civilisational communication with the other, through the aesthetic and spiritual common ground rather than direct doctrinal confrontation). Its limits lie in a focus on hermeneutic and philosophical dimensions without addressing the articulation of these texts with the everyday of today’s reader, and in the restriction of the corpus to chosen examples (Bosnian, modern Arabic, classical travel literature).

مداخلةٌ قُدّمت في المؤتمر الدوليّ الخامس للمنصّة الجامعيّة للدراسات حول الإسلام (Pluriel)، المنعقد في قرطبة من 10 إلى 14 فبراير 2026 حول موضوع «الأخلاق والجماليّة في الإسلام». تدخّلت بياتي بينغار (جامعة جنيف) في إطار المحور الثالث — الموروثات الجماليّة والأخلاقيّة: توتّراتٌ وحواراتٌ وضيافة.

ملخّص المداخلة

إنّ الأخرويّات ميدانٌ عسيرٌ في الحوار بين الأديان بين المسيحيّين والمسلمين. فالرؤية التقليديّة للحساب وعلاماته الكبرى في الإسلام تبقى صعبةَ الفهم لدى اللاهوت المسيحيّ المعاصر الذي أخضع جردَه الأخرويّ الخاصّ لمراجعةٍ نازعةٍ للأسطرة على امتداد القرن العشرين. إنّ الشكّ بأنّ الإسلام، بتبنّيه أخلاقًا جزائيّة على المستوى العقديّ، يقترب من تربيةٍ «سوداء» — ومن ثَمّ لا يمكن التوفيق بينها وبين الفكرة المسيحيّة عن النعمة — يقود إلى تناول الأخرويّات بحذرٍ كبير في الحوار، بل إلى عدم اعتبارها ميدانًا مبشّرًا على الإطلاق. فبأيّ خطاباتٍ داخل الإسلام المعاصر يمكن للشركاء المسيحيّين أن يُعيدوا اكتشاف راهنيّة الخطابات الإسلاميّة عن الأخرويّات دون السقوط في القوالب النمطيّة التي تربطها حصريًّا بالتيّارات الأبوكاليبتيّة والأصوليّة؟

من منظور لاهوتٍ مسيحيّ للحوار، تقترح هذه المداخلةُ مقاربةً مزدوجة تجمع بين اللاهوت المقارن والهرمينوطيقا الأدبيّة. ومن خلال ثلاثة نصوصٍ للروائيّ البوسنيّ دجيفاد كاراهاسان (1953-2023)، ستُبيَّن راهنيّةُ الأخرويّات المسلمة لتأويل التاريخ المعاصر. يُوظّف كاراهاسان، الأديب المسلم القادم من سراييفو، في نصوصه دوافعَ أخرويّة لوصف الآثار الضارّة لحروب يوغسلافيا (1991-2001). فيتلاءم عمله بشكلٍ خاصّ مع دراسةٍ بين-دينيّة تربط بين الأبعاد الجماليّة والأخلاقيّة في تأمّلٍ للأخرويّات. يُلقي الضوء صراحةً على التعايش بين الأديان في منطقة البلقان، ويصف مدى ما يهدّده من الصراعات الإثنيّة. وبتناوله بشكلٍ صريح جدًّا لمواضيع الجنّة والنار والبرزخ والحساب، لا يقدّم كاراهاسان دليلاً على حيويّة الفكر الأخرويّ عند المثقّفين المسلمين فحسب، بل يفتح كذلك فضاءً لتأمّلٍ مسيحيّ مُتجدّد في نهايات التاريخ.

اقرأ ملخّص لوحة النقاش بقلم الأب مينا-أثناسيوس عبد المسيح سعيد الدومنيكيّ

حرّر هذا الملخّص إثر انعقاد المؤتمر الأب مينا-أثناسيوس عبد المسيح سعيد الدومنيكيّ، ضمن برنامج المنح الطلاّبيّة للمنصّة الجامعيّة للدراسات حول الإسلام (Pluriel). ويغطّي مجموع مداخلات لوحة النقاش الثلاث.

الأدب والرحلة الصوفيّة والحوار بين الأديان: البرزخ فضاءً ثالثًا

إنّ اللوحة التي جمعت مداخلات بياتي بينغار وغبريال خيرالله وماريا غراسيا لوبيز أنغيتا قد ساءلت الطريقة التي تتشابك بها الأخلاق والجماليّة في التراث الإسلاميّ من خلال دراسة الرواية المعاصرة والرحلة الصوفيّة، مُبرزةً قدرةَ هذه الإنتاجات الأدبيّة على تعزيز الحوار بين الأديان وفهم القيم المشتركة. ظهر الأدبُ فيها وسيلةَ تعبيرٍ لفهم الإنسان، وصلته بالعالم الذي يعيش فيه، وموقعه في علاقته بالإلهيّ والكونيّ، كما لاستكشاف قضايا العدالة الاجتماعيّة والذاكرة التاريخيّة الجماعيّة والتأمّل الروحيّ. تفتح هذه الأعمال بابَ إعادة قراءة التاريخ، والتفكير في العنف والضيافة، وتُتيح بذلك قراءةً مندمجةً للأبعاد الأخلاقيّة والجماليّة التي تنسج الصلة بين الله والإنسان والعالم.

يقوم التماسكُ العلميّ للوحة على مقاربةٍ مشتركة ترفض اختزال التقاليد الدينيّة في قراءةٍ عقديّة صرفة، وتُثمّن على العكس تحليلَ الأشكال الأدبيّة بوصفها حاملةً لمعنًى لاهوتيّ وأخلاقيّ. ورغم تنوّع المتون المدروسة — من الرواية المعاصرة إلى الأدب الحديث وصولاً إلى الرحلة الصوفيّة لما قبل الحداثة — تتقاطع المداخلات الثلاث حول سؤالٍ واحد: سؤالُ الإمكانات النقديّة والحواريّة والهرمينوطيقيّة للجماليّات في مجتمعاتٍ يطبعها التعدّد الدينيّ والطائفيّ والصراعات التاريخيّة. أبرزت المداخلات الثلاث الدورَ الحاسم للجماليّات بوصفها فضاءً وسيطًا يربط بين التفكير الأخلاقيّ والمساءلة اللاهوتيّة. فعند دجيفاد كاراهاسان، تخدم الرمزيّةُ الأخرويّة فهمَ الكوارث التاريخيّة كحصار سراييفو: فتصير الأماكنُ «خزّاناتٍ للأرواح» تجمع الموتى في مشهدٍ يعكس واجبَ الذاكرة الأخلاقيّة والروحيّة، وتكشف عن البرزخ فضاءَ تواصلٍ بين الأحياء والأموات، مكانًا ثالثًا للمعرفة الروحيّة. وكذلك في «أولاد حارتنا» لنجيب محفوظ، يصير السردُ الرمزيّ أداةً فلسفيّةً وأدبيّةً للتفكير في السلطة والعدالة والعدوان: يمثّل الجبلاويّ السلطةَ العليا في العالم، ويبقى العنف والظلم موضعَي تأمّلٍ أخلاقيّ، في حين تُتيح الرمزيّةُ استكشافَ العلاقة بين الإنسان والعالم الإلهيّ بشكلٍ غير مباشر. أمّا رحلاتُ عبد الغنيّ النابلسيّ، فتُظهر الطبيعةَ والمعمارَ الدينيّ في تعدّديّتهما الطائفيّة نصوصًا مفتوحةً على التأمّل الصوفيّ، تربط بين المحسوس والميتافيزيقيّ وتفتح أفقَ تجربةٍ روحيّة تعكس وحدةَ الوجود وإمكانَ إدراك الحقيقة الإلهيّة عبر الجماليّات.

تشكّل إعادةُ قراءة التاريخ والعنف أحدَ المحاور العرضيّة للوحة. فقد وظّفت المداخلاتُ الأشكالَ الرمزيّة لتحليل الأزمات التاريخيّة. ففي فلسفة كاراهاسان، تُفهم الكوارث بوصفها لحظاتِ تعليقٍ للزمن بالنسبة للموتى، وتصير الذاكرةُ الوسيلةَ الوحيدةَ لمنع التحلّل الروحيّ والاجتماعيّ للمدينة، رابطةً التاريخ الشخصيّ والجماعيّ بالعالم الروحيّ. أمّا عند محفوظ، فتغدو الاستعاراتُ السرديّة نقدًا للهيمنات السياسيّة والدينيّة: تُبيّن كيف يُعيد كلّ جيلٍ إنتاج الصراعات نفسها، مع الإصرار على التحدّيات الأخلاقيّة لممارسة العدالة. ومن خلال رحلات النابلسيّ، يُعاد تأويل المناظر والمباني بوصفها محطّاتٍ للتعليم والروحانيّة، وتُراجَع التاريخ الجماعيّ وفق منظورٍ رمزيّ يمزج بين التجربة الصوفيّة والتجربة الأخلاقيّة.

تتّفق المداخلاتُ في الإقرار بأنّ الجماليّات تفتح فضاءَ حوارٍ بين الأديان، لا على مستوى المقارنة العقديّة، بل عبر تجربةٍ هرمينوطيقيّةٍ مشتركة. فالشخصيّات الكتابيّة والمسيحيّة والمقدَّسات المشتركة تظهر، في الأعمال الأدبيّة، وسيلةَ تجاوزٍ للطائفيّة مع صون الاختلاف، ممّا يفتح إمكانَ حوارٍ روحيّ يتجاوز التقابل اللاهوتيّ الصريح. أظهرت المداخلاتُ صعوبةَ الحوار حول «الأمور الأخيرة» بسبب الفجوات بين التصوّرَين الإسلاميّ والمسيحيّ للآخرة: كفهم يوم الحساب أو النفس، حيث تختلف موقف المسيحيّة البروتستانتيّة عن التصوّر الإسلاميّ للحقيقة الأخيرة. غير أنّ الأعمال الثلاثة تُؤكّد إمكانَ بلوغ احترامٍ واعترافٍ متبادلَين بين هاتَين الرؤيتَين، وتُقدّم رؤيةً للآخر بوصفه جزءًا لا يتجزّأ من فهمٍ أخلاقيّ وجماليّ للعالم وللآخرة.

أبرزت المبادلاتُ أنّ الفاعليّة الحواريّة لهذه الإنتاجات الأدبيّة ليست وظيفةً معرفيّة أو تربويّة فحسب: بل هي تجربةٌ هرمينوطيقيّة متواصلة تضع القارئ أمام تساؤلاتٍ أخلاقيّة وروحيّة تتعلّق بالعدالة والذاكرة والصلة بالآخر، معزّزةً في الآن ذاته الاحترامَ المتبادل بين الرؤيتَين المسيحيّة والإسلاميّة للآخرة، دون السعي إلى اختزال الاختلافات اللاهوتيّة أو محوها. وفضلاً عن العرض الوصفيّ، أنتجت اللوحة استنتاجاتٍ نظريّةً مهمّة: أنثروبولوجيا للمكان (المدينةُ عند كاراهاسان مُعاد تعريفُها كيانًا روحيًّا و«خزّانًا للأرواح» يتجاوز الوجودَ المادّيّ المحض)؛ وفلسفةً للسرد (رمزيّةُ محفوظ تُحوّل الحارةَ من فضاءٍ جغرافيّ بسيط إلى مختبرٍ قيميّ لفحص جدليّة العدالة والسلطة)؛ وحوارًا جماليًّا بديلاً عن العقيدة (التجربةُ الصوفيّة عند النابلسيّ سبيلاً للتواصل الحضاريّ مع الآخر، عبر المشترك الجماليّ والروحيّ لا عبر المواجهة العقديّة المباشرة). وتكمن حدودها في التركيز على الأبعاد الهرمينوطيقيّة والفلسفيّة دون تناول ارتباط هذه النصوص باليوميّ لقارئ اليوم، وفي حصر المتن في أمثلةٍ منتقاة (البوسنيّة والعربيّة الحديثة وأدب الرحلة الكلاسيكيّ).

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