MOSTFA Mohamed-Ali Pays : Italie - Langue : français, 2018
sociétal

Conférence de Ali MOSTFA, lors du Second Congrès International de PLURIEL à Rome

L’expérience d’un musulman né en France le conduit à synchroniser un double regard. Un regard sur lui-même, en tant que citoyen musulman pleinement français, et celui sur son origine en tant que dimension transmise par ses parents et intégrée dans la construction de sa personnalité.
Le lieu de naissance des parents se pose pour les enfants nés en France comme un « point nodal de la filiation »1. Dit autrement, le lieu originel de la filiation structure leur histoire à venir et construit le sentiment d’appartenance à la France qui est leur pays de naissance. La problématique pour ces individus consiste donc à tisser rationnellement le lien entre les deux territoires, sans toutefois traduire le sentiment présupposé d’être « incomplet » par un comportement qui pourrait les stigmatiser comme étant différent.
Cette double appartenance s’érige comme une donnée de la globalité que beaucoup de citoyens musulmans à travers le monde partagent. Le pays de naissance des parents par exemple n’est pas pensé nécessairement comme un territoire à reconquérir dans le cadre d’un projet de retour. Leur pays d’existence et d’avenir étant incontestablement la France. Mais le pays d’origine des parents est désormais irrémédiablement re-territorialisé dans l’espace français, entrainant ici et là l’apparition des moeurs collectives qui interrogent les valeurs structurelles de la société française.
La modalité linguistique participe elle aussi à la définition de la question de la croyance, du positionnement vis-à-vis de l’héritage familial et de l’émergence d’une nouvelle identité religieuse. Dans le cas des jeunes issus de l’immigration, il faudra se poser la question de savoir si l’appartenance à une langue différente de celle des parents ne définit pas différemment la question de l’appartenance ? ‘Coupés’ de la filiation linguistique, l’appartenance se transforme pour eux en une frontière d’où ils estiment qu’ils ne pensent pas par eux-mêmes, mais qu’ils sont pensés par les autres.
À travers cette problématique générale, il s’agit de saisir les contours des appartenances et des frontières en tant que modalités qui induisent des déplacements et des bouleversements du sens et des significations des paradigmes, tels que watan, oumma, etc. Il s’agit également d’appréhender la manière dont ces appartenances sont intériorisées et amalgamées dans le comportement et le discours des citoyens musulmans et celui de la société française.

1 Abdellatif Chaouitte, L’interculturel comme art de vivre, L’Harmattan 2007, p. 75.